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Saint-Etienne, regards d'écrivains sur la ville ... une exposition des Amis du Vieux Saint-Etienne (c) 1996.Retour direct au sommaire de l'exposition

CAVIGLIOLI François

(Lyon, 1937)




Journaliste à Combat, puis à Paris-Match et depuis 1977 au Nouvel Observateur.

Publie un recueil de textes parus de décembre 1979 à août 1980, sous le titre Un voyage en France, dont un chapitre est consacré à Saint-Etienne.

Oeuvres : La grande cible (1972), La Grecque (1988), Ma soeur (1991), Adieu l’espion (1994).

Oeuvres : Francinet (1869), Le Tour de la France par deux enfants (1877).



Saint-Etienne en couleur

Saint-Etienne, c’est la soutane et la « basane », le tablier de cuir de l’ouvrier. Les congrégations et les loges, étroitement mêlées, qui ont coopéré, dans l’affrontement, à la promotion de la ville. Rue des Francs-Maçons, on voit se dresser une croix qui est peut-être expiatoire. Sur la colline des Capucins, il n’y a plus que cinq moines franciscains dans le couvent qui fut autrefois un noviciat. Le 8 décembre, ils s’efforcent d’illuminer leur chapelle pour faire comme à Lyon. La foi ne va pas sans esprit de clocher. Le supérieur garde précieusement la clef d’un jardin d’herbes folles où s’élève un monumental christ métallique. L’alliance de la religion et de l’industrie, de l’Eglise et du monde ouvrier.

« Il est un endroit, dans l’vieux Saint-Etienne - Où vit et se meurt la rac’ plébéienne - Du vrai gaga (bis). » Cet endroit c’est le Panassa, l’ancien quartier de la mine. Les « gueules noires » ont pris leur retraite et ils ne rapportent plus chez eux, le soir, la musette de charbon. Ils promènent leurs chiens autour de la gare du Clapier, une gare d’autrefois qui dessert la Haute-Loire. C’est la nostalgie de la mine, incompréhensible pour l’étranger.

Au milieu des usines, des fonderies, des excroissances de l’enfer industriel, s’étend le stade Geoffroy-Guichard, non loin de la Terrasse. Une conque où résonne la fierté de la ville. Les « gagas » fanas de leur équipe, on les entend jusque dans le centre. Ce n’est pas un stade périphérique, comme dans les villes où le foot est une distraction ou un commerce. Geoffroy-Guichard appartient à Saint-Etienne comme l’hôtel de ville ou l’église Saint-Ennemond. C’est un lieu de culte. « L’arbitre, salaud, le peuple aura ta peau »... ou encore « Allez les Verts ! », chanté sur l’air de l’Ave Maria. Le foot est une liturgie.


Extrait de :
Un voyage en France - 1979 / 1980 Editions du Seuil, Paris 1981, 119 p. p.45, 46, 48-49

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