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STENDHAL
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Lyon, le 1er juin 1837. - Je suis allé à Saint-Etienne par le chemin de fer ; mais, en vérité, je ne puis dire autre chose de cette ville, sinon que j’y ai vendu deux mille cinq cent francs payables en marchandises une créance de quatre mille que je croyais absolument sans valeur. Nous comprenons qu’à Saint-Etienne on est terriblement jaloux d’une pauvre petite ville, Montbrison, je crois, qui a le préfet, le général, et les autres belles choses qu’entraîne la qualité de capitale du département. Saint-Etienne, qui n’avait que vingt-quatre mille habitants en 1804, en compte trente-quatre mille aujourd’hui et bientôt arrivera à cinquante, c’est en ce genre la rivale du Havre. Saint-Etienne a été créée par la houille, qu’elle transforme en armes, en eustaches (1) et en rubans de soie. Les rues sont larges et noires comme en Angleterre. Un torrent magnifique, nommé Furens (le furieux), traverse la ville et fait mouvoir cent usines. Il faudrait, au milieu de la grande rue de Roanne, une belle statue de bronze à laquelle on donnerait le nom de quelque industriel héroïque s’il y en a, ou du brave Etienne, le tambour d’Arcole. Ce serait une belle chose qu’une statue héroïque élevée à un simple tambour ; elle parlerait au peuple. Cette statue ferait mieux si elle était nue, en costume héroïque, car ici l’imagination est étouffée par la réalité, et quelle réalité ! Les Génois, les Florentins, les Vénitiens, négociants aussi, faisaient peindre à fresque le devant de leurs maisons. Voir encore aujourd’hui la place des Fontaines amoureuses à Gênes. --------------------
Extrait de : Mémoires d’un Touriste
- 1838 |