Depuis le XVe siècle, le travail du métal est un savoir-faire reconnu à Saint-Etienne. C'est tout particulièrement sous le règne de François Ier, dans le contexte des guerres d'Italie, que l'industrie stéphanoise prend son essor. Saint-Etienne participe alors au développement d'une véritable région économique dans l'ensemble qui forme aujourd'hui la région Rhône-Alpes.
A l'origine, ce sont des armes blanches qui sont produites, bénéficiant de la bonne qualité et de l'abondance des eaux du Furan et de ses nombreux affluents. Très vite, les artisans stéphanois produiront aussi des armes à feu. François 1er, au début du XVIe siècle enverra d'ailleurs un ingénieur, Georges de Virgile, pour mieux organiser la fabrication des armes.
Au XVIe siècle, sur une population d'environ 880 feux, on compte 78 forgerons, 1 taillandier, 1 faiseur d'enclumes, 2 couteliers, 2 éperonniers, 2 faiseurs de mors de chevaux,... La fabrication des armes blanches et des arquebuses occupe une trentaine d'artisans.
Publicité pour l'armurier stéphanois
Louis Lamotte-Larderet (1747-1791)
Imprimé sur papier (ca 1775) - En haut, les Armes de Saint-Etienne
Au XVIIIe siècle, armes de guerre et armes de commerce sont deux activités essentielles de la ville. Une Manufacture royale, dont la gestion est confiée à un entrepreneur privé, Carrier, est créée en 1764. La manufacture d'armes deviendra un enjeu stratégique pendant la Révolution française.
La "clincaillerie" stéphanoise, c'est-à-dire toutes les fabrications à base de métal : couteaux, serrures,..., était vendue dans toute la France.
Ainsi,
une grande partie des hôtels particuliers parisiens - notamment dans le
quartier du Marais - , sont équipés de "fiches" (charnières
de fenêtres) réalisées à Saint-Etienne. Nombre d'entre
elles sont estampillées, montrant que les fabricants stéphanois
avaient à la fois organisé la production et la commercialisation.
"Fiche" de fabrication stéphanoise estampillée B. Chaleyer (XVIIIe s.)
Des familles entières se consacraient à cette production, de père en fils, par exemple les HOSPITAL, qui, de simples artisans au XVIe siècle accèderont à la noblesse à la fin du XVIIe siècle.
Un exemple de la production stéphanoise : targette et verrou (XVIIIe s.)
La clincaillerie stéphanoise continuera sa production jusqu'au milieu du XIXe siècle selon les mêmes procédés, comme en témoigne la famille BIZALION.
Catalogue de "clincaillerie" (page "platines"), maison Bizalion (milieu du XIXème s.)
Les armuriers faisaient appel à des graveurs qui ciselaient les gardes d'épée, gravaient parfois de téméraires devises. Les Stéphanois ont ainsi pris l'habitude de graver le métal.

"Fonderies et Forges de Terrenoire"
(1859)
Médaille bronze - Vulcain par André Galle (1761-1844) et anonyme
De l'arme de chasse gravée à la médaille il n'y a qu'un pas qui sera vite franchi par les Stéphanois à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, période d'apogée pour la gravure.
Du milieu des artisans stéphanois vont sortir de l'anonymat des artistes de renommées nationale et internationale, de véritables dynasties de graveurs et de médailleurs : Dupré, Montagny, Merley, Jaley,... Jacques OLANIER crée en 1766 le premier cours d'enseignement artistique.
"La Liberté au bonnet" d'Augustin
Dupré
(An IV / 1795-1796)
De cet atelier sortiront en particulier Augustin DUPRÉ et André GALLE.
Augustin DUPRÉ fut chargé par la Convention nationale d'organiser la réforme monétaire de la Révolution : création du franc et des décimes. Il gravera "au peuple Hercule" en 1795, modèle repris régulièrement depuis lors.
"Oreste implorant Minerve" (1896)
Bouclier gravure bronze - Georges Dupré (1869-1906)
Grand Prix de Rome, section gravure (1896)
Le moulinage fut importé dans la région stéphanoise au XVIe siècle, sous le règne de François 1er, après les Guerres d'Italie. Le tissage du ruban date à peu près de la même époque. En 1586, 16 passementiers de Saint-Etienne et Saint-Chamond participent à la confection de statuts de maîtres tissotiers de Lyon et des Provinces du Lyonnais, Beaujolais, Forez et Velay.
D'abord placée sous la tutelle commerciale de Lyon, la rubanerie stéphanoise s'émancipe totalement vers le milieu du XVIIIe siècle selon le modèle de la Fabrique.
Le Fabricant est l'héritier des anciens "maîtres faisant fabriquer" lyonnais. Il est l'éditeur du ruban, le coordinateur en amont de la fabrication, le donneur d'ordre, et le commercial du produit fini.
Maquette de métier à tisser
de type "Jacquard"
(début XXème s.)
Le passementier reçoit du fabricant la commande fixant les conditions techniques de la fabrication, la matière première prête pour le tissage et certaines fournitures. Les métiers lui appartiennent et il supporte tous les frais de fabrication (loyer, main d'oeuvre, force motrice, éclairage,...). On reconnaît de loin sa maison à très grandes fenêtres (hautes de près de 3 m.) sur les collines de la ville.
Mais l'âge d'Or de la rubanerie stéphanoise ne commence qu'au début du XIXe siècle.
En-tête : Pistolet époque restauration, fabriqué par Jean-Baptiste Cessier (1781-1855)
© 1996 / Ph. Chapelin / AVSE
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