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LE 12 novembre 2016

2016 : voyage au Pays Basque. Souvenirs et impressions

"Pluie du matin n’arrête pas l’Amopalien". Pardonnez-moi de m’amuser à modifier l’adage tant il est vrai que la pluie s’invita à notre voyage de notre départ à notre retour ! Pessimistes, nous aurions déploré un tel manque de chance mais notre optimisme prévalut. Armés d’imperméables, de parapluies, voire même pour l’un d’entre nous d’un feutre à larges bords censé éloigner les gouttes de son personnage, nous étions prêts ce 13 Juin à affronter les caprices du temps. Merci quand même à Internet de nous avoir communiqué les prévisions météo ! Notons cependant au passage qu’un couple de forcenés optimistes avait emporté, bagage inutilement encombrant, un panama qui se perdit plusieurs jours dans le car sans autre dommage pour ses propriétaires que celui d’avoir à le chercher !

Nous voici donc partis au petit matin. Direction Anglet où nous séjournerons. L’ambiance dans le car ne change pas d’un voyage à l’autre. A l’avant, les gens sérieux ou, à cette heure matinale encore somnolents… A l’arrière quelques joyeux drilles, toujours les mêmes qui se racontent déjà une bonne histoire ! Mais notre ami Jean-Claude s’empresse de nous rappeler l’intérêt culturel de notre voyage. Le petit fascicule qu’il a réalisé en introduction à le découverte du Pays Basque et qu’il nous distribue plonge immédiatement chacun de nous dans une lecture studieuse…. Et soudain, clin d’œil facétieux à la gent masculine, il fait circuler la photo de la première Miss France, belle inconnue née à Bayonne, enterrée à Espelette, que l’élection de "plus belle femme de France" propulsa dans les années 20 sur les marches d’une relative célébrité dans le monde du music hall avant de l’envoyer mourir en Argentine à vingt-six ans.

A l’arrière du car on s’active déjà, via les smartphones à obtenir plus de détails sur la belle…

Et la voilà elle aussi invitée au voyage par ces curieux qui réclament haut et fort de lui rendre une petite visite post mortem… au mépris d’un programme dans lequel elle ne figure pas ! Merci à eux : ils nous ont permis de découvrir du village d’Espelette autre chose que les façades ornées de chapelets de piments passablement noircis à l’époque où nous les découvrons, carte postale éculée destinée à satisfaire la curiosité vite rassasiée du grand public. Nous aurions pu passer notre chemin, ignorant la tombe art déco en marbre rose d’Agnès Souret adossée à une église du XVIIème siècle dont le plafond peint et le grand retable illustrant la lapidation de Saint Étienne méritaient notre admiration… Plaisir d’une découverte imprévue…

Dans cette escapade qui nous emmène de Bayonne à Saint Sébastien nous traversons une région qui se veut un pays à elle seule : "Ici, Vous n’êtes ni en France ni en Espagne" avons-nous pu lire sur un panneau au bord d’une route ! Voici avertis ceux qui l’ignoraient encore… Les inscriptions dans une langue aux origines controversées et qui ne se rattache à rien de connu le montrent bien. Notre guide qui nous fait l’éloge des "ikastolak" (écoles de langue basque) où il envoie ses enfants le confirme encore... Les quelques drapeaux indépendantistes qui flottent à certains balcons aussi…

Oublions les bérets et les espadrilles, symboles populaires aujourd’hui relégués dans les boutiques pour touristes et partons à la découverte de ce qui fait l’originalité du Pays Basque.

C’est d’abord une nature très verte : prairies vallonnées où paissent les troupeaux de moutons manechs à tête et pattes noires, vallées paisibles où dans l’une d’elles, les Aldudes, nous découvrons une race de porcs à croupe et tête noires et … queue qui ne tirebouchonne pas… à croire que les animaux comme les hommes tiennent à afficher leur différence !

C’est aussi la proximité de l’océan - dont nous avons pu tester les rouleaux en découvrant les falaises de calcaire plissées de Socoa - et d’une mythique quoique modeste montagne, la Rhune, qui culmine à moins de 1000m ; nous l’avons gravie depuis le village d’Ascain à la vitesse du petit train à crémaillère qui monte à travers une forêt clairsemée où fleurissent les digitales, broutent les pottoks, petits chevaux dits sauvages mais qui ne le sont pas vraiment, et que survolent les vautours fauves… Au sommet, quel panorama ! Même si ce matin là quelques brouillards masquent l’Espagne, le regard embrasse toute la côte.

Lorsqu’on s’éloigne de la côte ce sont aussi les immenses et profondes forêts au milieu desquelles serpentent les routes de montagne. Une végétation luxuriante ! Et une belle déconvenue pour nous quand du sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe ces frondaisons nous cacheront la Bidassoa et l’Île des Faisans que le traité des Pyrénées a fait entrer dans l’Histoire.

Dans la campagne, des maisons à pans de bois, blanchies à la chaux, aux volets peints en rouge, plus rarement en vert… Isolées, les fermes offrent à l’est seulement une façade ouverte pour se protéger des vents et pluies d’ouest ; Nous avons eu la chance de visiter l’une d’elles devenue musée : la maison Ortillopitz où le guide nous a fait entrevoir ce qu’était la vie des paysans basques autrefois. C’est là, autour du pressoir à pommes, que nous avons appris que le cidre protégeait du scorbut les pêcheurs de morue pendant les longs mois qu’ils passaient en mer…

Dans les villages l’habitat est regroupé autour de la place centrale ou, à Ainhoa, s’étire le long d’une rue ; le nom de chaque maison se confond avec celui du propriétaire qui, notre guide nous l’apprend, n’en est que le dépositaire avant de transmettre ce lieu de vie à la génération suivante. Tout près, le traditionnel fronton pour des joueurs de pelote que malheureusement nous n’aurons pas la chance de voir, et l’église souvent romane, massive, très simple à l’extérieur, surmontée d’un clocher assez peu élevé. Il faut en chercher la beauté à l’intérieur : dans chacune d’elles, des retables somptueux et sur trois côtés ces curieuses galeries doubles ou triples réservées aux hommes. Celle du village de Sare que nous avons visitée, restera dans nos mémoires. Nous n’oublierons pas non plus les petits cimetières qui entourent. Je me souviens de celui d’Itxassou Nous avons pu y découvrir des stèles hélicoïdales qui certes ne sont pas spécifiques du Pays les Basque mais qui, là, étaient particulièrement nombreuses.

A Saint Jean Pied de Port en Basse Navarre, Notre Dame du Bout du Pont en référence au pont sur la Nive qui jouxte le clocher est plus imposante que les autres.. Construite en grès rose comme beaucoup de maisons du village, sévère à l’extérieur, sombre à l’intérieur, elle semble propice au recueillement des pèlerins qui font étape dans ce village fortifié au caractère moyenâgeux avant de continuer leur chemin vers l’Espagne par le col de Roncevaux. Nous avons suivi leur route, enfin presque, pour arriver comme eux à la collégiale qui les accueille. Est-ce la raison pour laquelle certaines d’entre nous avaient demandé un certificat de passage au bureau qui les délivre, avaient même pris une coquille pour continuer le pèlerinage ? Pardon, le voyage ! Au col, il faisait froid, il pleuvait et nous n’avons pas entendu l’appel de l’olifant… Une cloche sonnait midi. Nous avons repris notre route vers Pampelune, première des villes du côté espagnol que nous avons visitées.

En effet, Jean Claude Narcisse qui connaît bien notre curiosité, avait à juste titre pensé que les cités basques françaises (bien que le rapprochement de ces deux appellations me semble à présent incongru) ne suffiraient pas à étancher notre soif de découvertes.

Nous avions vu Bayonne, la capitale Labourdine au confluent de la Nive et de l’Adour, apprécié ses murailles, la diversité de ses quartiers : Petit Bayonne plus populaire où s’installèrent au XVIéme siècle, les Juifs chassés d’Espagne - ils y importèrent le chocolat qui fait encore de nos jours l’attrait de la ville - Grand Bayonne avec ses rues à arcades (bien utiles en cas de pluie), ses hautes maisons à colombages. La cathédrale gothique aurait mérité les explications plus approfondies d’un guide spécialisé et nous sommes restés sur notre faim devant la porte fermée du cloître !

De Saint-Jean de Luz nous avions vu le port qui fut jadis un port baleinier. Nous nous étions contentés, quant à nous, d’embarquer pour une promenade digestive, plus exactement pour découvrir la côte depuis l’océan ; puis de retour à terre nous avions marché sur les pas de Louis XIV et de l’Infante Marie Thérèse jusqu’à l’église où ils se sont mariés, une église dont le retable en bois doré et sculpté occupe toute l’abside, le plus grand retable du Pays Basque, parait-il. Et nous nous étions arrêtés à l’extérieur devant une plaque qui commémore le mariage royal.

Biarritz, élégante cité balnéaire mais sans véritable caractère basque s’était dévoilée au rythme du petit train qui nous promenait entre les palaces et les villas luxueuses. Une ville riche où flotte encore le souvenir de l’impératrice Eugénie qui en fit sa villégiature et pour qui Napoléon III fit construire un palais. C’est quand même à pied que nous étions allés respirer les embruns au Rocher de la Vierge.

Et puis, le quatrième jour nous sommes arrivés à Pampelune. La frontière n’avait pas arrêté la pluie ; Sur la Plaza del Castillo nous avons déjeuné dans le Café Iruna, halte appréciée dans le cadre romantique d’une brasserie crée à la fin du XIXéme siècle, rendue célèbre par Hemingway, avant de nous rendre à la cathédrale où malheureusement le guide n’était pas à la hauteur de nos attentes… Et nous avons poursuivi notre visite de la ville sous une pluie battante. Des cadavres de parapluies gisaient sur les trottoirs… Sous un banc, un petit oiseau, tombé d’un nid attendait de l’aide….

Le lendemain sur la route de Saint Sébastien, c’est Fontarrabie perchée sur son promontoire à l’estuaire de l’Adour qui nous attendait. Nous avons gravi la côte qui nous a amenés par des rues pavées au quartier historique en admirant les belles façades aux balcons en fer forgé ; nous nous sommes arrêtés sur la grande Place du Guipuzcoa puis nous sommes redescendus vers le quartier de la Marine aux maisons traditionnelles de pêcheurs aux couleurs vives.

Saint Sébastien enfin sous un déluge…. Les parapluies se révélèrent insuffisants. C’est avec les pantalons collés aux jambes et les pieds dans des chaussures trempées que bravement nous avons entamé notre visite de la ville : le port des pêcheurs d’abord où nous avons tout appris sur la pêche à la morue, les rues de la vieille ville ensuite bordées de bars à tapas qu’on appelle ici des pintxos. Nous avons croisé un couple de jeunes mariés qui déambulait tranquillement, elle en longue robe blanche, vision surprenante sous la pluie qui continuait de tomber…. Bien obligés d’en déduire que les Basques ont avec les éléments un rapport différent du nôtre...

Je ne terminerai pas sans évoquer la gastronomie de cette région. Si nos yeux se régalèrent des paysages, les repas firent le bonheur de notre palais : pour ne citer que quelques spécialités : l’achoa, ragoût de veau relevé de piment d’Espelette testé dès le premier jour, les charcuteries variées et abondantes qui nous furent offertes dans la vallée des Aldudes… à Cambo, une visite fort intéressante du petit musée de la chocolaterie Puyodebat se termina par une dégustation de chocolats aux saveurs parfois inattendues : qui aurait pensé à marier avec succès chocolat et piment d’Espelette ?... Et pour réveiller les papilles de tout un chacun, une mention spéciale pour le déjeuner pris dans cette cidrerie où l’omelette à la morue précéda un plat de poisson et une côte de bœuf avant de se terminer par de l’ossau-iraty servi avec de la pâte de coing et de la confiture de cerises noires, le tout arrosé de cidre puisé à volonté au tonneau !

Sur le chemin du retour, ponctué à Brive par un repas raffiné (était-ce pour adoucir la peine que nous avions à mettre un point final à notre escapade ?) nous échafaudions déjà des projets pour le voyage à venir…

Le voyage au Pays Basque
Août 2016

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