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LE 4 décembre 2010

Des arracheurs de dents aux Chirurgiens-Dentistes, aspects humains d’un exercice périlleux (8 novembre 2010)

A la fois Chirurgien-Dentiste et clinicienne en psychopathologie, le Docteur Ruel-Kellermann, secrétaire générale de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, a su nous présenter avec beaucoup d’humanité l’évolution de cette profession en quatre siècles ainsi que la récurrence des questions relationnelles.

Première partie : Evolution de la pratique

Il faut savoir qu’avant 1699, il n’existe aucune réglementation dans ce domaine et que le seul traitement connu est l’extraction.
Le XVI° siècle se caractérise par un colportage médico-chirurgical polyvalent permettant d’atteindre les campagnes les plus reculées. On arrache donc les dents sur le champ de foire, dans une auberge, dans une arrière-salle... mais le service rendu est d’importance, abstraction faite des dégats occasionnés qui sont souvent dramatiques .

Au XVII° siècle, apparaît la sédentarité.
Pierre Fauchard écrit en 1728 : "Le chirurgien-dentiste, ou traité des dents" premier ouvrage spécifiquement consacré à l’art dentaire et où le terme "dentiste" est utilisé pour la première fois.
Par un édit datant de 1699, Louis XIV avait créé un troisième corps d’experts pour les dents se rajoutant à ceux des mèdecins et chirurgiens. Parfois anoblis par Louis XV, il s’agit d’une élite : ils ne seront qu’une vingtaine en 1787 ! Ces experts soignent au domicile des patients les plus aisés ou chez eux . Ils exercent aussi à l’hopital gratuitement pour les pauvres . Ils vendent également toutes sortes de préparations, élixirs poudres et opiats. Mais, toujours, dans les campagnes isolées, charlatans, arracheurs de dents, barbiers continuent d’exercer dans les memes conditions précaires ...

Avec la Révolution Française, tout change : en 1791, suppression des maitrises, jurandes et corporations ce qui entraine par voie de conséquence la suppression des experts. Tout le monde peut donc exercer à condition de payer patente .

Le XIX° siècle est celui du développement industriel, de l’évolution sociale et des grandes découvertes médicales. Le Docteur Ruel-Kellermann cite :
- 1846-1848 : découverte des effets anesthésiants :

  • du protoxyde d’azote par H.Wells
  • de l’éther par W. Morton
  • du chloroforme par Simson

- 1847 : début de l’antisepsie ; eau de Javel par Semmelweis.
- 1857 : découverte des microbes par Pasteur.
- 1878 : début de l’asepsie par Pasteur.

Cette révolution sociétale et médicale conduira en 1892 à la création du diplôme de Chirurgien-Dentiste. Parallèlement,les arracheurs de dents continueront leur pratique pendant encore quelques années.

Deuxième parties : Aspects humains

De très nombreux tableaux et gravures illustrent ces conditions d’exercice. La douleur est omniprésente et s’exprime dans les regards et les mouvements des mains des patients, l’angoisse se lit sur le visage de ceux qui assistent aux opérations en attendant leur tour. La puanteur, envahissante, est concrétisée par la présence d’un chien qui défèque ou d’un enfant que l’on torche. Mais déjà, l’opérateur prend en compte la souffrance de son patient, son visage et son attitude se veulent rassurantes ce qui fait dire au Docteur Ruel-Kellermann que l’empathie existe d’ores et déjà. Urbain Hémard en conclut qu’il faut "tirer hors de rage ceux assaillis de semblable peine" et "scavoir si bien attirer le cueur du patient qu’il se remette du tout en l’appuy qu’il prend de son chirurgien".

La seule issue possible étant toujours l’extraction, il faut malheureusement compter avec ceux qui "vont si lourdement qu’ils emportent un morceau de machoire et causent par ce moyen des accidents terribles" dont des "aymorrogies" parfois catastrophiques. Il faut compter aussi avec les possibilités d’erreur et les infections.
Le "Grand Thomas" qui exerce sur le Pont Neuf avec ses aides et ses musiciens, préfère d’ailleurs les bains de bouche à l’eau-de-vie de la "Mère Ragonne" plutot que d’utiliser à cet effet les eaux pour le moins douteuses de la Seine !
L’installation du patient va également évoluer avec le temps : du sol au fauteuil, de l’extérieur à l’intérieur avec une position qui, si elle est encore loin de l’ergonomie, va donner plus de visibilité et de lumière au praticien.
De fait, nous pouvons dire que tout a été anticipé depuis le XVI° siècle et que dès le XVIII° siècle, il existe une psychologie de la stratégie : de plus en plus, les élèves de Fauchard vont rechercher le consentement du patient et respecter sa décision.
Les Ecoles Dentaires spécifiques apparaissent dans les années 1880, longtemps après celle de Baltimore en 1839, et le diplôme de Chirurgien-Dentiste est officialisé en 1892. A partir de cette date, ce sont les Chirurgiens-Dentistes eux-memes qui vont faire évoluer leur profession.

A la fin de la conférence, c’est avec curiosité que nous visitons le Musée dentaire le plus important de France. Là, François Devars et François Brunner, co-fondateurs, nous font partager leur passion pour ces équipements et cette instrumentation comprenant des pièces d’une grande rareté et tout à fait exceptionnelles.






Nous retrouvons Madame la Vice-Doyenne pour une visite pleine d’intérêt de la salle des "fantomes" ou les étudiants peuvent s’exercer face à des ordinateurs, l’occasion pour nous d’en savoir plus sur les études dentaires version XXI° siècle !
Docteur Ruel-Kellermann et Madame le Professeur Seux

Docteur Ruel-Kellermann et Madame le Professeur Seux

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