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LE 21 octobre 2017

En Brionnais : Anzy le Duc et Semur

C’est à présent une tradition, les Amopaliens du nord de la Loire invitent en automne ceux du sud à les rejoindre à la découverte de leur région. Maudit soit le Seuil de Neulise qui coupe le département en deux et par voie de conséquence notre association ! Un merci chaleureux à Aimé Thévenon et toute l’équipe autour de lui qui organisent ce rapprochement une fois par an.

Nous voici donc, au matin de ce 3 octobre réunis à Anzy le Duc, petit village du Brionnais, au sud de la Bourgogne. Depuis Saint Étienne la route est longue, mais à l’arrivée, des boissons chaudes et des viennoiseries réconfortantes offertes par Monsieur le Maire D’Anzy le Duc nous réchauffent le cœur …, et l’estomac !

Prêts pour notre première visite. André Beauchamp Président de l’Association des Amis de l’église d’Anzy nous entraîne à la découverte du patrimoine religieux du village : le Prieuré et l’église Notre Dame de l’Assomption. Trop courtes seront les deux heures passées en sa compagnie, tant ses connaissances et son enthousiasme à les faire partager ont su capter notre attention. Fi des bruits stridents dus aux travaux engagés sur la façade de l’église ! La gêne qu’ils ont parfois engendrée n’a pas gâché notre plaisir.

Nous voici dans l’enclos du Prieuré. Le calcaire doré des édifices illumine la grisaille du matin. Notre guide évoque l’origine de ce lieu qui doit son existence au viguier de Semur Lethbald et à sa femme Altaric, sans descendance, qui en firent don au milieu du IXe siècle à l’Abbé Arnulf d’Autun ; celui-ci y envoya son neveu Hugues originaire du Poitou (rien à voir avec Hugues de Cluny) qui fit construire vers 880 un monastère, un hospice et une église.

Dans cette cour nous pouvons voir la partie encore existante des murs du XIIe siècle qui entouraient le monastère. Le logis du Prieur reconstruit sur le cloître disparu et devenu propriété privée ne se visite pas.

Nous nous contentons donc d’admirer dans un angle de la muraille la grosse tour carrée appelée tour de justice puisque le Prieur était investi de ce droit. Massive, elle s’ouvre sur la cour par deux baies romanes géminées , à colonnettes. Il nous faudra un peu plus tard en faire le tour pour découvrir au sud le portail de l’enceinte ( milieu du XIIe siècle ) sur lequel sont remarquablement sculptés l’Adoration des Mages, le Péché originel et le Jugement dernier.

De l’enclos nous admirons aussi l’extérieur de l’église, les quarante modillons historiés des corniches de la nef et l’élégance du clocher octogonal à trois étages d’arcatures lombardes, réputé comme l’un des plus beaux clochers romans de Bourgogne. Malheureusement le chevet, dans le domaine privé, est inaccessible ! Quand nous nous approchons du portail de l’église, nous le trouvons, hélas, masqué par des échafaudages ! Malgré la gêne, nous entrevoyons tout de même sur le tympan le Christ en Majesté dans une mandorle entouré de deux anges aux ailes déployées ; sur le linteau les douze apôtres entourant la Vierge Marie et sur la voussure interne les vieillards de l’Apocalypse.

En pénétrant à l’intérieur de l’édifice, nous découvrons le bel équilibre de l’architecture. La nef est élevée à deux étages sans triforium à la différence des églises clunisiennes. Les deux étapes de la construction sont très visibles : le chœur et le transept du XIe siècle en petit appareil et la nef plus tardive en gros moellons. Notre guide attire notre attention sur l’extraordinaire richesse des chapiteaux, tous historiés : y sont représentés entre autres la discorde, la luxure, l’acrobate qu’André Beauchamp prend plaisir à nous commenter. Les peintures du chœur ont été refaites en 1857. Dans l’abside centrale, il n’en restait plus que des lambeaux. Le peintre a donc fait preuve d’imagination dans le respect des fresques romanes : sur la voûte du cul de four : l’Élévation du Christ, dans les arcades de l’abside, les donateurs Lethbald et Altaric. Dans l’absidiole sud ,les peintures moins abîmées ont permis de retrouver les scènes de la décollation de Saint Jean Baptiste.

Nous terminons notre visite par la crypte, partie la plus ancienne de l’église ; elle fut édifiée au début du XIe siècle pour y exposer les ossements du moine fondateur de l’abbaye : Hugues de Poitiers élevé à la dignité de saint grâce aux miracles qu’il avait accomplis. La présence de ces reliques entraîna la venue de nombreux pèlerins et généra la prospérité de l’abbaye jusqu’à ce que les Huguenots au XVIè siècle brûlent et dispersent les restes du Saint. A partir de là, commença le déclin du Prieuré.

A la Révolution, l’église rachetée par des habitants du village fut transformée en entrepôt et sa crypte en cave. Restaurée tardivement, on peut encore y apercevoir la trace peinte d’un personnage. A la sortie de la crypte, une mosaïque moderne reprend le thème de l’acrobate.

Midi. Nous quittons Anzy le Duc pour Semur en Brionnais. Après une halte conviviale à "L’Entrecôte", c’est le patrimoine de ce bourg que nous sommes maintenant invités à découvrir.

Trop nombreux pour la visite du château Saint Hugues, nous sommes invités à former deux groupes. Il nous suffira de mettre un pied dans ce château fort pour comprendre que l’exiguïté des lieux est responsable de cette exigence.

Édifié sur un éperon rocheux par les seigneurs de Semur au Xe siècle il domine le village. C’est Hugues né en 1024, fils de Dalmace, premier baron de Semur, qui fonda la troisième abbaye de Cluny. Connu sous le nom de Saint Hugues de Cluny, il a donné son nom au château de Semur, plus ancien château de Bourgogne. Construit sous trois siècles (Xe, XIe et XIIe siècle) Il se compose d’un donjon roman carré de 22 mètres de haut protégé par deux tours rondes de défense avec leurs archères ; entre elles le pont levis de l’entrée avec la herse. Au XVIIIe siècle s’ajoute devant l’édifice le logis du geôlier et d’autres cellules que celles aménagées dans les tours rondes.

Nous visitons d’abord la salle consacrée à l’arbre généalogique qui retrace la vie de la famille des barons de Semur devenue entre le XIe et le XIIIe siècle par ses alliances avec les puissantes familles bourguignonnes, les couronnes de France et d’Espagne une des plus influentes familles de Bourgogne. Puis par d’étroits escaliers aux marches irrégulières nous gagnons les salles de garde des tours rondes, transformées en cellules après les guerres de religion. Dans l’une, nous voyons au sol la grille d’entrée d’une oubliette ( ?) ou d’un silo ( ?) ou d’une citerne ( ?) Sur les murs des graffitis laissés par les prisonniers ; Pour des prisonniers plus fortunés, une cellule plus confortable ; une petite chapelle où sont exposés quelques objets retrouvés lors de fouilles. Dans une autre salle, une exposition d’affiches sur la Révolution française.
Nous terminons notre visite par le donjon pour y observer les traces de quatre niveaux de plancher, remaniements successifs du XIe au XVIe siècle ; trace également d’une grande cheminée dont subsistent seulement les parties latérales du manteau.

L’église Saint Hilaire devenue collégiale par l’installation d’un chapitre de treize moines est la dernière église romane construite dans le Brionnais. C’est aussi l’une des plus importantes. Construite en deux étapes au XIIe siècle, elle marie le style roman du Brionnais et celui de la troisième abbatiale de Cluny fondée par Saint Hugues. Construite en moyen appareil, elle est couverte de tuiles romanes.

Le chevet, bien visible ici, ne manque pas d’élégance avec son abside centrale entourée de deux absidioles semi circulaires.

Le clocher octogonal à deux étages séparés par une corniche denticulée n’est pas aussi élancé que celui d’Anzy le Duc

La nef beaucoup plus haute que le chœur est remarquable par l’équilibre de ses rangées de baies et de contreforts ; sous les corniches, des modillons sculptés de chouettes, de mains ou de motifs géométriques

A l’intérieur, la partie la plus ancienne, à l’est, construite dans la première moitié du XIIe siècle, dans le style Brionnais, comprend une travée du chœur, l’abside, deux absidioles et le transept surmonté d’une coupole lanterne.

Dans la nef de construction plus tardive on retrouve de nombreux éléments de l’architecture clunisienne : élévation à trois étages avec un faux triforium, piles cruciformes et pilastre cannelés, décoration abondante de torsades, damiers de billettes, palmettes, rubans, rinceaux… La voûte en berceau brisé n’existe plus ; incendiée par les Huguenots pendant les guerres de religion, elle fut remplacée par un plafond en lambris pendant longtemps, puis la voûte plus basse que la première a été rétablie au XIXe siècle.

La tribune en encorbellement marque la fin de la construction vers 1180

A l’extérieur de l’église nous nous arrêtons d’abord devant le portail nord, remarquable par sa simplicité et son élégance.
Il date de la première campagne de construction de l’église ; son décor est végétal et géométrique : pilastres et voussures décorés d’oves rubanés, rosaces enguirlandées ; sous une voussure en spirale, le tympan présente quatre lobes développant trois fleurons en palmettes ; le linteau est orné de rosaces, les chapiteaux de décors végétaux

Le portail occidental richement décoré par lequel nous terminons notre visite est daté de la fin du XIIe siècle.

Au-dessus, l’agneau mystique. Sur le tympan, le Christ en gloire dans une mandorle est entouré par deux anges aux ailes déployées et les symboles des quatre évangélistes. Le linteau, inspiré de la Légende Dorée, raconte l’histoire de Saint Hilaire qui, s’étant rendu au concile schismatique de Séleucie ramena les évêques à la foi catholique.

Le temps nous manque pour visiter le village. La journée, encore une fois a passé trop vite mais elle a enrichi nos connaissances en art roman.

Décidément, par la chaleur de leur accueil et le choix des visites qu’ils proposent nos amis Roannais savent nous donner l’envie de revenir dans leur région. Rendez-vous dans un an, on l’espère, pour une journée aussi réussie !

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