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LE 17 octobre 2012

Le Voyage dans le Bordelais du 7 au 11 mai 2012

Texte : Jean-Claude Narcisse, illustré de photos faites par les participants à ce voyage

L’Amopa de la Loire, qui organisait jusque-là un voyage bisannuel hors de nos frontières, comme le circuit toscan de 2011, a proposé cette année un parcours de découverte régionale en Bordelais, avant le grand voyage de 2013 en Croatie.

Chauffeur et accompagnatrice

Ce furent cinq journées bien remplies selon le programme que nous avions choisi et dont la concrétisation fut assumée par "les voyages Just" : car confortable, installation pour quatre nuits dans un hôtel Mercure de centre ville, d’où il fut aisé de rayonner sur la région, accompagnatrice et chauffeur à l’écoute, guides locaux maîtrisant leur sujet. Même la météo fut clémente, limitant à une journée notre tribut à ce printemps pluvieux.

La visite de Bordeaux offrit maints centres d’intérêt, y compris dans les réaménagements les plus récents, comme ceux des quais de la Garonne et du quartier des Chartrons, qui ont effacé l’image sombre de l ‘ancien port et de ses entrepôts. Les quartiers les plus anciens et les églises du Moyen-âge rappellent l’importance ancienne de la ville et de son port, en particulier sous la domination des rois d’Angleterre, qui étaient aussi princes français, occasion de rappeler la bataille de Castillon qui marqua la fin de la Guerre de Cent ans et le retour définitif de Bordeaux sous l’autorité du roi de France en 1453 ; une bataille que commémore un "spectacle historique" cher à notre accompagnatrice.

Place de la Bourse
Miroir d’eau

Mais surtout, cette visite nous permit d’apprécier la qualité de l’urbanisme et de l’architecture du XVIIIe siècle, le grand siècle des ports français et des grands intendants, celui des beaux hôtels élevés par les riches familles de la noblesse, du négoce ou du monde judiciaire, le temps des voies de prestige comme les allées de l’intendant Tourny, et des places royales, comme le chef-d’œuvre de Gabriel, la place de la Bourse, dont l’image se reflète aujourd’hui dans un miroir d’eau, le temps aussi des nouveaux théâtres, ici le Grand Théâtre de Victor Louis ; le franchissement du Pont de Pierre, de jour ou de nuit, permet d’apprécier cette unité architecturale ; et pour mieux approcher le décor et la qualité de vie de ce XVIIIe siècle, nous nous sommes longuement attardés dans le musée des Arts Décoratifs, lui-même installé dans un de ces anciens hôtels particuliers.

Quelques trésors du musée des Arts Décoratifs

En dehors de la grande ville, il fallait évoquer, en leurs terres, le souvenir des trois "M" dont les Bordelais sont si fiers, Montaigne que l’on nous a présenté dans sa "librairie" (bibliothèque), à l’étage d’une tour entourée de vignes, et Montesquieu qui nous reçut (presque) dans son château-forteresse, au sein d’une prairie où paissent des vaches aquitaines de couleur étrange, mais nous avons dû renoncer à Mauriac pour cause d’éloignement de sa propriété familiale de Malagar.

Le château de Montaigne et son fameux plafond portant nombre de sentences latines et grecques. [1]
Le château de Montesquieu dans son environnement bucolique

Ce voyage nous a conduits sur la Gironde, l’estuaire commun de la Garonne et de la Dordogne, grande voie d’accès au port de Bordeaux, qu’il fallait protéger des visiteurs indésirables, en particulier des flottes anglaises durant les longs conflits du XVIIIè siècle et du Premier Empire, et malgré les petites averses, la promenade dans l’imposant fort de Blaye, conduite par un passionné, nous a fortement dépaysés. Après avoir traversé la Gironde en bac, nous avons déambulé dans le Médoc, de château en château, le terme désignant ici les propriétés viticoles, et la monotonie des vastes étendues de pieds de vigne strictement alignés et disciplinés fut agréablement rompue par le surgissement de vrais châteaux, du XIXe siècle surtout, qui mêlent le pastiche, l’éclectisme et, dans certains cas, une part de fantaisie. Sans aucune frustration (certes…), nous avons égrené des noms mondialement connus derrière les grilles des châteaux bien clos, comme le Château Margaux, avant d’être gentiment reçus dans une propriété plus modeste pour y goûter le jus de la treille ; mais curieusement, c’est par la longue dégustation, bien appréciée, d’une quinzaine de variétés de chocolats que notre journée dans le Médoc prit fin !

Forteresse de Blaye et balade dans le Médoc : De château en château, des empilements de précieuses barriques au fabuleux cortège des chocolats...

Comme nombre de Bordelais dont c’est l’un des lieux favoris de détente et de villégiature, nous avons pris le chemin du bassin d’Arcachon en évoquant ces frères Péreire, célèbres hommes d’affaires du Second Empire, et maîtres du chemin de fer de Bordeaux au bassin, qui donnèrent un nouvel élan à Arcachon en créant la ville d’hiver sur le thème de la cure pour les tuberculeux, mais qui en firent surtout une grande station mondaine, avec son célèbre casino mauresque, détruit par un incendie en 1977. C’est cependant l’élevage des huitres qui captiva d’abord notre attention et il n’eut plus de secret pour nous après la rencontre avec une productrice dans sa cabane ostréicole ; nous fûmes, certes, privés de dégustation pour cause de pollution du bassin (c’était le dernier jour d’interdiction de consommation !) mais notre frustration fut de courte durée, l’accompagnatrice nous faisant servir en compensation des huitres… bretonnes, lors du repas pris en terrasse sur ce qui ressemble à un front de mer, même si ce n’est pas tout à fait la mer… Une longue promenade en bateau nous fit découvrir les cabanes tchanquées (cabanes en bois sur pilotis), en particulier sur l’Ile aux Oiseaux, les pinasses, bateaux traditionnels des pêcheurs et ostréiculteurs, récupérées aujourd’hui par les touristes, les petits ports ostréicoles, les plages, les villas… le cap Ferret et au-delà, le banc d’Arguin, vaste banc de sable à l’entrée du bassin. Mais bien sûr, nous nous devions d’escalader la dune du Pilat, sans trop d’efforts puisqu’un escalier en facilite l’ascension… et si quelques originaux eurent à cœur de monter dans le sable, plus nombreux furent ceux qui firent ce choix à la descente, quitte à arriver sur leur séants… On en retint surtout la vue remarquable sur la mer d’un côté et sur les vastes étendues de pins de la forêt landaise, de l’autre.

Le bassin d’Arcachon : une hardie montagnarde au sommet de la dune du Pilat entre deux pinasses... En bas, des cabanes d’ostréiculteurs.

Un autre temps fort, le jour du retour, fut la longue, passionnante, et pour tout dire gouleyante étape à Saint-Emilion, un saint qui gagne à être connu… Nous y fûmes reçus par une dame de l’office de tourisme, qui est aussi l’épouse d’un propriétaire viticulteur. La visite de la ville médiévale et de son église souterraine, taillée dans la roche, fut, pour la plupart d’entre nous, une découverte. Mais notre guide nous emmena ensuite dans sa propriété où nous pûmes compléter notre savoir sur la culture de la vigne avant d’être reçus dans sa maison où un traiteur nous servit un bon repas bien arrosé puisque la dégustation des crus de la propriété se fit en accompagnement des plats, pour le plus grand plaisir des participants (qui ne conduisaient pas), et pour la recette du vigneron,

Saint-Emilion : vieilles pierres, belles vignes amoureusement soignées... et bonnes bouteilles

si l’on en juge par le fait que les soutes du car furent beaucoup plus remplies au retour qu’à l’aller !

[1Ici : "Solum certum nihil esse certi et homine nihil miserius aut superbus" Pline (rien n’est certain et rien n’est plus pitoyable ou prétentieux que l’homme).

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