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LE 27 mai 2016

Sortie des Amopaliens de la Loire à Brou

Pour cette sortie de printemps, c’est à Brou que notre ami Georges Déroudille a choisi de nous emmener. Au programme : visite du Monastère Royal (élu monument préféré des Français en 2014) et découverte de l’apothicairerie de l’Hôtel Dieu.

Pendant les deux heures et demie de route qui séparent Saint Etienne de Bourg en Bresse, Marie Claire Veyre, Pharmacienne en Chef honoraire de l’Hôpital Nord nous initie à l’évolution de la pharmacopée depuis l’époque néolithique où émerge un art de guérir les pathologies induites par la sédentarisation jusqu’à nos jours où apparaissent les biotechnologies.

Arrivés à Brou, nous découvrons sous un ciel bleu sans nuages la tour carrée du clocher haut de 82 mètres de l’église chef d’œuvre de gothique flamboyant…. Pour cette visite, notre guide nous accueille dans le premier des trois cloîtres du monastère royal construit à l’emplacement d’un prieuré préexistant du Xème siècle racheté par Marguerite d’Autriche pour réaliser un vœu de sa belle-mère Marguerite de Bourbon et y abriter le tombeau de son troisième époux Philibert II le Beau de Savoie mort prématurément. Il retrace pour nous la vie de Marguerite d’Autriche, mariée trois fois, veuve très jeune, retirée à Bruxelles où elle se consacra à l’éducation de son neveu Charles Quint et qui mourut sans avoir vu l’achèvement de l’œuvre qu’elle avait initiée…..Avant de nous faire pénétrer dans l’église, il nous en fait admirer la toiture refaite à l’identique de la toiture d’origine dont les tuiles vernissées et colorées rappellent à tous celles des Hospices de Beaune.

En pénétrant dans l’Eglise Royale édifiée de 1513 à 1532 en forme de croix latine, nous sommes frappés par la clarté qui y règne et le contraste voulu entre la nef et le chœur séparés l’un de l’autre par un jubé.

La nef de pierre blanche, haute de 20 mètres sous clef de voûte, aux murs nus, éclairée par trois grandes fenêtres ogivales sans vitraux est laissée vide de bancs et d’ornements, car aucun office n’y est célébré. Notre attention est attirée par le jubé, véritable dentelle de pierre, percé de trois arcades et couronné d’une balustrade que surmontent sept statues de marbre blanc.

Derrière le jubé, nous entrons dans le chœur coloré du sol à la voûte contrairement à la nef. Là, se trouvent trois tombeaux, des cénotaphes en réalité, puisque les corps ont été enterrés dans une crypte inaccessible.

Au sud, le tombeau de Marguerite de Bourbon en albâtre, dans un enfeu témoigne de l’exubérance du gothique tardif ; le gisant repose sur un socle de marbre noir. La mère de Philibert le Beau est vêtue d’une robe d’hermine ; à ses pieds, une levrette éveillée dans l’attente de la réalisation du vœu de sa maîtresse. Derrière elle, des putti portent des écussons avec ses initiales et celles de son époux.

Au nord, le tombeau de Marguerite d’Autriche en albâtre également, surmonté d’un dais. Marguerite y est représentée en robe d’apparat ; à se pieds une levrette endormie, symbole du vœu accompli. A la différence du premier tombeau, deux figurations du personnage : l’une "au vif" représente Marguerite à l’âge de sa mort, l’autre à l’étage inférieur en est une représentation idéale au moment de sa résurrection.

Au milieu, le tombeau de Philibert le Beau, le plus imposant, le plus décoré, en marbre blanc de Carrare. Philibert II est en costume d’apparat, entouré de putti. Ici encore, une double représentation du duc sur deux étages, au vif et en transi. Le fait que Marguerite d’Autriche ait confié la réalisation de ces trois mausolées à des artistes flamands explique leur caractère gothique à une époque où la Renaissance italienne s’épanouit dans les arts de notre pays.

Méritent d’être admirées aussi les stalles en bois de chêne, œuvre d’un menuisier bressan mais dont les sculptures inspirées de l’Ancien et du Nouveau Testaments ont été confiées à un atelier brabançon.

Dans la chapelle de Marguerite d’Autriche dédiée à la Vierge, au dessus de l’autel, un retable en albâtre blanc veiné de gris, monumental, d’une finesse exceptionnelle, représente les sept joies de la Vierge : annonciation, visitation, nativité, adoration des Mages… Marguerite s’y est fait représenter dans son costume de veuve, en prière face à Saint Thomas.

Ne quittons pas l’église sans avoir admiré les cinq verrières richement colorées ornées de blasons des deux familles. La verrière de l’Assomption est seule figurative : Marguerite et Philibert y sont en prière aux pieds de la Vierge.

Un bémol à cette visite : la façade de l’édifice, le portail et le tympan auraient mérité un commentaire. N’était-ce pas prévu au programme ou le temps imparti était-il trop court ?

Après un déjeuner convivial au Restaurant de l’Abbaye, nous prenons le chemin de l’Hôtel Dieu transformé en 1990 après des réaménagements en résidence de personnes âgées. Nous allons retrouver l’apothicairerie dans l’état où elle se trouvait au moment où les religieuses l’ont quittée en 1970.

Le laboratoire a conservé tout son équipement, bassines et marmites en cuivre et laiton, couloirs à sirop, écuelles à oreilles, mesures. Certains ustensiles remontent au XVIIème siècle. Un fourneau en fonte, imposant occupe le centre de la pièce ; pas de tuyau, l’échappement de la fumée se faisant par le sol. .L’eau arrivait de la rivière et s’écoulait par un grand col de cygne en laiton. Deux alambics en cuivre rouge servaient à la distillation des plantes. Les religieuses conservaient les eaux distillées de toutes sortes dans des cantines. On trouve aussi des pilons utilisés pour réduire en poudre les substances minérales, végétales et animales et un pressoir en chêne destiné à presser fruits et oléagineux.

Dans l’arrière boutique située entre le laboratoire et l’officine, on réceptionnait, triait et stockait les matières premières dans des boîtes en bois et des pots en faïence après les avoir pesées à l’aide d’une balance ou d’un trébuchet. C’est dans cette pièce que se trouve une bibliothèque contenant les codex utiles aux religieuses pour la préparation de leurs médicaments.

Dans l’officine, la plus grande des trois salles aux murs habillés de boiseries lustrées, notre guide nous initie aux différents contenants rangés sur plusieurs étages : en bas, les boîtes en bois destinées à conserver les herbes au sec, au dessus les chevrettes en céramique portant chacune la lettre initiale de leur contenu, plus haut les pots canon ou pots à onguents, enfin les flacons et bouteilles en verre pour les eaux distillées. A proximité de petits piluliers en étain. N’oublions pas les "Monstres" ou pots de montre en faïence blanche richement décorée placés dans des niches sculptées ; ils témoignent de l’importance de l’apothicairerie et rappellent les panacées d’autrefois : Mithridate et Thériaque.

Que de mixtures étranges ont été préparées en ce lieu ! Des ingrédients inattendus : herbes oubliées de nos jours, os et viscères d’animaux et, beaucoup plus surprenant, minéraux de toutes sortes dont des pierres précieuses … Remèdes de "bonne fame" destinés à guérir par leur renommée les malades du temps jadis, devenus plus tard des remèdes de "bonne femme" sans grande vertu qui étonnent et font sourire les visiteurs du XXIème siècle !

L’espace de quelques heures, nous avons remonté le temps, ravivé des connaissances enfouies au fond de notre mémoire et qui méritaient d’être précisées. Et pourquoi ne pas l’avouer ? Nous avons aussi beaucoup appris.
La convivialité qui anime notre groupe, la bonne humeur de chacun ont fait de cette visite à Brou une réussite… Merci à André Seguin d’y avoir mis un point final sur un air d’harmonica !

Photos : Yves AUBERT

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