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LE 20 novembre 2012

Sortie en Chartreuse - jeudi 27 septembre 2012

Une journée en Chartreuse par beau temps (la veille la région était sous le déluge !), organisée par la section Loire de l’AMOPA au profit des se adhérents et amis.

"La Chartreuse Culturelle et Religieuse"

1ère visite - SAINT HUGUES DE CHARTREUSE : l’église musée

Cette église est unique en son genre, construite dans les années 1860/1880, elle n’est pas entretenue et se dégrade de plus en plus. En 1952, un très jeune artiste encore inconnu de 25 ans, Jean Marie PIRO, dit ARCABAS, arrive à Grenoble où il enseigne les arts plastiques. Il a l’idée de faire une grande œuvre. Il découvre au hasard d’une promenade dans la région, cette église de Saint-Hugues et décide que c’est en ce lieu qu’il réalisera son œuvre. Des contacts sont pris avec le maire du village et le prêtre ; l’artiste propose de la restaurer entièrement, et on lui donne carte blanche.

ARCABAS s’attaque à la première partie des travaux : l’architecture intérieure. Il restaure les murs couverts d’une peinture blanche, les arcades de soutien, qui sont peintes en rouge et les vitraux en verre jaune. Les chapelles sont restaurées à fresco (peinture et chaux).
L’œuvre d’ARCABAS va ensuite prendre toute sa dimension. Son style en marge du renouveau de l’art sacré va surprendre et ravir les amateurs d’art et de théologie. Il ne travaille qu’avec des couleurs naturelles : ocre, charbon, craie, miel, œuf, comme les peintres de la Renaissance.

La première période de l’œuvre centrale (1953/1967) se compose d’une série de grandes toiles de jute qui ceinturent tous les côtés et forment un bandeau tout autour de la nef centrale. Elles représentent les commandements et la vie humaine. C’est une œuvre austère qui va à l’essentiel.
Les candélabres en fer forgé qui se trouvent dans la chapelle de droite sont également exécutés pendant cette période. De même, les incrustations dans le sol du chœur. Il s’agit de sculptures en laiton chauffé moulé dans le granito ; elles sont les symboles des 4 évangélistes. Les vitraux des chapelles sont réalisés dans des tons de rouge, bleu et vert, ceux du chœur en jaune et or.
A la fin de cette première période, il exécute les panneaux du chœur qui représentent la vie divine et la Cène, les deux grands panneaux de côté (la femme adultère et la Résurrection) ainsi que les deux sculptures en pierre : l’autel qui représente l’ancien et le nouveau testament et l’ange au tabernacle à genou, en pierre calcaire et aux ailes carrées.
C’est à ce moment là qu’il devient "l’artiste" ARCABAS reconnu par tous comme un expert en art abstrait.

Dans la seconde période de son œuvre (1973/1985), l’artiste va utiliser d’autres sortes de peintures et de matériaux nobles de support : toile, feuille d’or, peinture acrylique, huile. Il complète son œuvre par la partie du Couronnement qui se situe au dessus des grandes toiles de la nef. Il s’agit de plus petits tableaux inspirés de psaumes (bestiaires, outils de la passion). Celle, située juste au dessus de l’entrée représente le Christ.
Dans les années 1985/1991, il termine son œuvre par les fresques basses dans le chœur et la nef centrale. Divers sujets les composent : fleurs, fruits, passion selon saint Mathieu, lavement des pieds, marchands du temple, trahison de Judas, visages d’anges... dans la nef. La prière, les pèlerins d’Emmaüs, la tête de Saint Jean Baptiste, l’enfance et la vie de Jésus, le berger qui retrouve sa brebis, les saintes femmes, les cavaliers de l’apocalypse… dans le chœur. Pour financer et promouvoir cette immense œuvre, l’épouse de l’artiste créera en 1970 une fondation qui sert également à subventionner l’entretien de cette église devenue un musée mais qui reste toujours consacrée.
ARCABAS vit et habite toujours sur place et y travaille encore à l’âge de 85 ans. Son œuvre est considérée, dans son domaine, comme la plus aboutie de l’art sacré contemporain.

2ème visite - MUSEE DU MONASTERE DE LA GRANDE CHARTREUSE : La Corrérie

Le monastère de l’ordre des Chartreux est un monastère cartusien, il était autrefois le lieu de vie des frères. Fondé par Saint Bruno en 1084, le site retrace 900 ans de l’histoire de leur mode de vie. La Corrérie est aujourd’hui un musée et se trouve seulement à 2 km de l’imposant monastère où vivent actuellement les moines. Le mot corrérie provient de l’ancienne fonction du frère courrier ou courrerie.

L’idéal de vie de Saint Bruno s’appuie sur les règles toujours en vigueur : humilité, solitude, prière, chasteté. L’ordre n’a jamais été réformé.
Cette communauté d’ermites s’est installée au 11ème siècle dans le « désert » de chartreuse sur autorisation de Saint Hugues, évêque de Grenoble. Bruno, arrivé en 1084 à 54 ans, y a fondé le premier ermitage.

Le lieu de vie des frères, aidés par les pères, est rude. Les frères vivent seuls, reclus dans leur cellule. Ils ne la quittent que 3 fois par jour pour assister aux offices : à 8 heures, à 16 heures et de 23 heures à 4 heures. Ce rythme de vie demande de grandes capacités physiques et intellectuelles. La nourriture de leur repas est déposée dans un guichet accédant à la cellule. Selon les saisons et les jours, le rythme de vie peut varier : jeûne tous les vendredis et grand jeûne monastique à l’automne ou pendant le carême, mais les 24 heures du jour restent inchangées : 8 heures de prière, 8 heures de travail et 8 heures de sommeil. Le dimanche les frères prennent leur repas en commun, mais en silence. Pour le culte marial, le samedi à 8 heures, tous les frères assistent à la messe en hommage à la vierge Marie. Ils se retrouvent aussi pour l’Assomption, à Noël, à Pâques mais toujours en silence. Ils bénéficient toutefois d’une récréation d’une heure et demie, en groupe dans le jardin ainsi qu’une demi-journée, le lundi après-midi, dans le domaine du monastère où les conversations sont autorisées. Ils peuvent recevoir leur famille une fois par an dans l’espace réservé (l’hôtellerie). Ils ne sont autorisés qu’à 4 échanges de courriers par an.
L’ordre des chartreux dépend du pape. Le Prieur organise des réunions du Chapitre au cours desquelles il peut transmettre aux frères des informations sur la vie extérieure. C’est un temps communautaire. Au moment de la prise d’habit, le moine est rebaptisé.
L’âge d’entrée au monastère est de 20 ans pour les femmes, 23 pour les hommes. Les vocations sont possibles jusqu’en 35 et 45 ans. En entrant, le frère apprend la règle du silence, mais aussi de la sobriété de vie comme la gestion du temps de mastication de la nourriture (leçon de manducation) toujours dans l’esprit de la règle.

Le monastère actuel de la Grande Chartreuse compte 30 moines : 17 pères, 13 frères et 6 novices. En tout il existe 16 maisons accueillant des hommes et 6 maisons de moniales.
Un novice entrant est appelé postulant, il porte l’habit noir. Le noviciat dure alors 5 ans et il revêt la robe blanche avec la ceinture par-dessus. Après 3 ans, il prononce des vœux temporaires qui seront renouvelés pour 2 ans. C’est alors que les vœux définitifs sont prononcés. Pour les pères, il s’agit de vœux solennels, pour les frères de vœux séculaires. Les pères et les frères portent alors le manteau blanc (cucule) à capuche avec des bandes latérales. La position hiérarchique interne est assez simple : un frère Prieur qui est le chef du comité général de l’ordre, il est élu par les moines professes et un Procureur également élu, mais chargé des relations avec l’extérieur.
L’ordre des Chartreux est riche mais les moines vivent pauvrement de leurs activités : imprimerie, reliure, menuiserie ; ils sont aidés par des ouvriers laïques.

Après avoir visionné un court film sur l’office de nuit auquel assistent les moines, nous parcourons la galerie des cartes : plusieurs grands tableaux peints représentant les divers monastères de l’ordre et pouvons admirer une splendide maquette du monastère.
Pour poursuivre, nous sommes invités à visiter un ermitage (cellule) reconstitué à l’identique, le "bûchage" lieu où le moine doit couper et entreposer le bois nécessaire à chauffer sa cellule, ainsi que le petit jardinet permettant de s’occuper de la nature. La visite se termine avec le passage à la bibliothèque où quelques ouvrages originaux proviennent de la maison mère et la chapelle comportant un beau triptyque, 16 stalles ouvragées et un Christ de bois au-dessus de l’autel.

Crédit photos : M. &J. BOISSY, F. EYSSETTE, L. REYNARD

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