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LE 25 septembre 2017

Une journée à Dieulefit et au Poet Laval

Une fois encore nous avons mis nos pas dans ceux de Georges Déroudille pour découvrir deux bourgades de la Drôme et les trésors qui s’y cachent. Merci à lui pour la journée enrichissante qu’il nous a fait vivre.

Partis de Saint Étienne tôt dans la matinée, nous avons trouvé au bout du chemin la petite ville riante de Dieulefit. Alice Montgour, historienne qui nous avait déjà accompagnés lors de notre visite du Chambon sur Lignon il y a quelques années, et Jean Claude Narcisse, historien lui aussi avaient profité des heures passées dans le car pour nous initier, l’une à la résistance civile à Dieulefit pendant la dernière guerre, l’autre aux problèmes posés aux protestants à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes. Dieulefit et sa voisine Le Poet Laval étant toutes deux fiefs du protestantisme et terres d’accueil pour les réfugiés de toutes provenances et de toutes obédiences.

Dix heures et demie. Nous mettons pied à terre à Dieulefit où nous attend Aline notre guide conférencière. Elle nous emmène tout d’abord au Mémorial qui rend hommage à la Résistance Civile des habitants de Dieulefit pendant la dernière guerre. Au centre de la ville, dans un parc ombragé, paisible et à proximité d’une école qui fourmille de vie, ce monument est tout un symbole.

Conçu et réalisé par Ivan Theimer, sculpteur tchèque réfugié à Dieulefit après le Printemps de Prague, il se compose d’un mur en pierres du pays construit en demi cercle évoquant des bras ouverts où s’abriter sans pour autant être empêché de regarder vers l’avenir ; sur la droite, on peut voir une carte en relief de la Drôme entourée de deux cyprès, arbres caractéristiques de la région, soutenus par deux mains figurant la vie portée à bout de bras. Ce mur embrasse une colonne de marbre blanc ornée d’un nid symbolisant le début de toute chose et surmontée d’une tête d’enfant d’où surgit une autre tête, symbole de la naissance et de la transmission aux générations à venir. Ces deux têtes sont coiffées de tiares, la première ornée de têtes figurant l’humanité, la seconde ornée de feuilles de vigne et de grappes de raisin, allégorie de la vie et de la joie. Sur le socle qui les porte voguent des petits bateaux qui expriment l’exil.

Les mots du poète Pierre Emmanuel "Dieulefit où nul n’est étranger" résument à eux seuls la part qu’a pris Dieulefit dans la Résistance au cours de la dernière guerre. Bastion républicain qui a refusé de se soumettre à d’aliénation des libertés imposée par le régime Dieulefit a accueilli et caché jusqu’à 1500 réfugiés aux origines sociales et culturelles extrêmement diverses : familles espagnoles, Juifs français et étrangers, artistes et intellectuels en lutte contre le régime de Vichy – parmi eux Louis Aragon, Elsa Triolet, René Char, Clara Malraux, Pierre jean Jouve, Pierre Emmanuel, le philosophe Emmanuel Mounier pour n’en citer que quelques uns – C’est grâce à la complicité de la ville toute entière qu’il n’y eut ni arrestation, ni déportation, ni exécution. Des personnages clés qui organisèrent la résistance, il faut citer Marguerite Soubeyran et Catherine Krafft fondatrices de l’école de Beauvallon transformée en lieu d’accueil, Jeanne Barnier, secrétaire de mairie qui fabriqua à la pelle des faux papiers et des cartes d’alimentation, des personnalités protestantes et catholiques. Quant au maire nommé par Vichy, il ferma les yeux...

La ville - qui compte aujourd’hui 9 Justes - est ce jour là une petite ville très animée. C’est jour de marché, un de ces petits marchés de Provence plein de couleurs et d’odeurs où malheureusement le temps qui nous est imparti ne nous permet pas de flâner. Par la rue du Bourg, nous nous dirigeons vers la vieille ville appelée ici la viale. Au passage, Aline nous cite les noms de personnages célèbres qui ont habité cette rue, parmi eux le félibre Ernest Chalamel ami de Frédéric Mistral. Quelques boutiques de poterie attirent notre attention. Notre guide nous explique que la poterie artisanale et les filatures de soie ont fait la richesse de Dieulefit. En témoignent le pot et la navette qui figurent sur les armoiries de la ville.

Un peu plus loin, nous voici sur la Place du Marché. L’ancienne Halle aux Grains devenue Office du Tourisme s’y appuie sur les remparts du XIVe siècle. Sur la Tour de l’Horloge décorée d’une fontaine et d’un cadran solaire est inscrite en occitan la devise pleine de sagesse de la ville : "lou temps passo, passo lou ben".
L’Église Saint Roch, construite en 1710 pour accueillir les protestants contraints de se convertir au catholicisme après la Révocation de l’Édit de Nantes, domine la place. Par la Grande rue du Château et la rue des prisons nous gagnons le centre de la ville médiévale. Sur la Place Saint Pierre nous admirons la façade restaurée de la Maison Renaissance. L’église Saint Pierre se trouve tout à côté. Premier édifice religieux construit intra muros au début du XVe siècle elle est remarquable par sa chaire en pierre, ses deux autels baroques du XVIIè siècle, l’un des deux dédié à Saint Roch protecteur de la peste, situé dans la chapelle sous l’imposant clocher.
Nous aimerions flâner dans les vieilles rues et les passages couverts mais la matinée s’achève et nous oblige à revenir sur nos pas jusqu’au restaurant du Parc où nous nous reposerons le temps du repas pris à l’ombre des tilleuls....

L’après midi nous emmène à quelques kilomètres de Dieulefit, à Poet Laval. Poet comme Puy ou Puech dans d’autres régions. Vieux village perché "le petit mont dans la vallée" comme l’indique son nom, il est une ancienne commanderie des chevaliers hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem passée au protestantisme au 16e siècle. Il se mérite ! c’est à pied, dans la chaleur pesante, que nous gravissons la côte au sommet de laquelle il est construit. Le car n’y a pas accès...

Ici, c’est au temple devenu Musée du Protestantisme que nous sommes attendus . Le temple aménagé au début du 17e siècle dans une ancienne maison d’habitation devenue Maison Commune du village deux siècles plus tôt a échappé, fait extrêmement rare, à la démolition à la Révocation de l’Édit de Nantes, ayant repris à ce moment-là son statut de Maison Commune. Au fil du temps le temple a été aménagé, des tribunes ont été ajoutées en 1822.

Rendu au culte après la Révolution, il a accueilli des fidèles jusqu’en 1935 avant de devenir musée une vingtaine d’années plus tard, avec pour objectif de présenter l’histoire du Protestantisme en Dauphiné. De nombreux documents permettent de jalonner les étapes de cette histoire : Des objets témoignent essentiellement des périodes de persécution, bibles souvent en très mauvais état (l’une retrouvée sous un tas de fumier), méreaux utilisés comme signes de reconnaissance par les inconnus pour se faire accueillir, et objets de culte variés.

Le conférencier nous fait voyager à travers l’histoire du Protestantisme dans cette région, depuis la Réforme avec le Dauphinois Guillaume Farel, l’un des pionniers du mouvement, jusqu’à la liberté retrouvée après la Révolution de 1789. Nous traversons avec lui la période de l’implantation des premiers lieux de culte, celle des guerres de religion et le régime de l’Édit de Nantes avant de découvrir "l’église du Désert" et l’exil de milliers de huguenots vers les pays du "Refuge" à partir de la Révocation en 1685.

Cet exposé sévère se termine par une prédication inattendue et en musique de notre ami André Seguin monté en chaire. Souvenez-vous qu’il n’oublie jamais son harmonica !

Les plus courageux et sans nul doute les plus curieux montent ensuite par les petite rues pavées à l’assaut du château et de la chapelle des Commandeurs, un château dans la restauration duquel l’Association des Amis du Vieux Poet Laval s’est investie en même temps que dans la sauvegarde du reste du village...Sa visite n’est pas au programme de notre journée et nous nous contentons d’admirer de près la silhouette sévère de cette construction médiévale. Nous nous attardons sur la terrasse à admirer le panorama immense et boisé de la Drôme avant de rejoindre ceux qui ont préféré se reposer de leur fatigue sous les ombrages .

Avant de repartir Georges Déroudille qui pense à tout, offre à chacun de nous une bouteille d’eau pour étancher notre soif... Nous avons dû, il est vrai affronter la chaleur mais qu’importe ! L’intérêt des découvertes que nous avons faites a gommé notre fatigue.

L’heure avance... Le car nous ramène au bercail, nous emportons de la Drôme un dernier souvenir : celui des champs de lavande en fleurs....

Monique Pomparat
Juin 2017

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