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LE 4 juillet 2017

Voyage en Andalousie, 12 mai au 22 mai 2017 : impressions et anecdotes

Un matin du "joli" mois de mai, humide et brumeux. Au Rond-Point Fauriel un petit groupe s’est formé sur le trottoir. Des sacs, des valises au sol laissent entendre un départ en voyage. L’heure n’est pas aux paroles enjouées, aux éclats de rire intempestifs. On se reconnaît, on se salue à petite voix. La gorge est encore enrouée des brumes de la nuit et on ne voudrait pas déranger le quartier encore endormi. Le car arrive tel un gros insecte noir et s’arrête sans bruit. Les portes s’ouvrent, les soutes déploient leurs ailes, on s’installe au chaud dans ce confort douillet qui, après la récupération d’un autre groupe à La Terrasse, va nous suivre tout au long de notre voyage. Et nous voilà partis. Notre chauffeur Jérôme, que pour certains nous connaissions du voyage en Vénétie, nous conduit avec douceur et efficacité.

A Montélimar, petit arrêt pour embarquer Delphine, notre sympathique guide. Elle saura nous divertir de la monotonie de l’autoroute, aidée souvent par Jean-Claude Narcisse, grand conteur d’Histoire, qui apporte les précisions nécessaires pour nous parler avec talent du passé des sites que nous allons visiter.

En route donc pour un long périple en Andalousie, pays des orangers et des castagnettes, des matadors et des taureaux, pays du flamenco, d’un certain art de vivre et surtout pays riche de mémoire et d’Histoire. Nous allons traverser, du nord au sud, cette péninsule liée à la France par une belle chaîne de montagnes que sont les Pyrénées et que nous passerons le soir même.

Itinéraire du voyage

Nous sommes en Espagne. Le grand taureau noir aperçu au sommet d’une colline nous l’a fermement indiqué. Étape à Elche pour la pause déjeuner au milieu d’une belle et grande Palmeraie. Promenade digestive au milieu de cette luxuriante végétation, si différente de notre région et qui nous a tout de suite donné un aperçu de ce que nous allions découvrir par la suite. C’est un jour de communion en Espagne. Des petites filles en "robe de mariée", de jeunes garçons en costume de marin, nous ont fait faire un saut de soixante ans en arrière.

Au restaurant de l’hôtel à Grenade, une surprise nous attend. Trois jeunes hidalgos, des étudiants en habit traditionnel de "tunos", nous ont donné la sérénade. Guitare, mandoline et tambourin ont accompagné les voix puissantes et chaudes. Moment très joyeux et apprécié, ponctué par des chansons que nous avons reprises en chœur : la Paloma, Guantanamera… Cette fois nous étions bien en Andalousie !

J’ai hâte de me retrouver devant l’Alhambra. C’est fait le lendemain. Pour ma part je l’avais déjà visité, mais l’émotion est restée la même. Notre guide nous attend. Il avoue qu’il est italien de Rome mais qu’il vit à Grenade et comme nous pouvons le constater il parle très bien français !
D’emblée il nous embarque dans un jeu de rôle où nous devenons les visiteurs du Grand Sultan. Daniele, grand seigneur, nous fait alors les honneurs de son Palais, ponctuant de temps en temps son discours de phrases en arabe (langue qu’il semble bien maîtriser) et venant ajouter du piquant dans ce lieu dévolu au dernier royaume musulman. Par sa faconde, sa grande culture, ses petites anecdotes et son humour, il a donné à la visite un piquant, un intérêt et un plaisir certains. Je crois d’ailleurs que des dames du groupe ne sont pas du tout restées insensibles au charme de ses yeux bleus.
En tout bien, tout honneur, bien sûr !

On ne peut pas en quelques mots raconter l’Alhambra. Il faut le voir ! C’est une splendeur !
Déambulation dans les jardins du Généralife. Le ciel bleu marine, l’air frais parfumé à la rose de la Sierra Nevada aux cimes enneigées, nous ont fait regretter d’avoir à quitter les lieux pour la suite des visites. En haut du quartier de l’Albaicín qui domine la ville, le panorama nous offre une vue exceptionnelle sur l’ancien palais des Nasrides. Après la visite de la cathédrale de Grenade, nous poursuivons notre voyage vers Antequera.

Les moments passés dans le car ne sont pas ennuyeux. Chacun s’occupe. Les uns lisent, d’autres soupirent, gomment puis reprennent la grille infernale des Sudokus. On papote, on échange des photos ou on dort ! Le paysage défile devant nous et nous l’avalons, Anne-Marie et moi, sans en perdre une goutte, pour oublier notre mal des transports.

Ronda offre la curiosité d’être séparée en deux par une énorme faille. Nous passons sur l’impressionnant "Puente Nuevo" qui relie les deux côtés de la ville et qui s’élève à 100 m au-dessus de l’abîme. On peut comprendre que sa construction ait duré 29 ans !

Pour le confort des passagers et celui du chauffeur, on doit s’arrêter de temps en temps, pour se dégourdir les jambes et passer aux toilettes. On appelle cela des "pauses techniques" ! Drôle de mot pour un besoin très naturel. Nous n’avons pas dérogé à la règle. Petit clin d’œil : à Ronda le pipi n’est pas gratuit. Il faut payer pour éliminer ce que nous avons bu le matin. Nous en avons conclu qu’il existe des endroits où plus tu dépenses à boire, plus tu payes. A réfléchir avant de s’asseoir en terrasse avec un grand bock de bière !

Avant de rejoindre Arcos de la Frontera, notre courageux chauffeur s’engage sur une route tortueuse et étroite pour nous laisser admirer "los pueblos blancos", les fameux villages blancs à flanc de colline. Au Belvédère d’Arcos, voici la présence insolite d’un montreur de rapaces. C’est pour le selfie ! Nous regagnons l’hôtel et malgré notre fatigue et la furieuse envie d’allonger enfin nos jambes nous sommes allés saluer ce que nous croyions être le Guadalquivir. Erreur ce n’était "que" le Guadalete qui a bien modestement accepté notre admiration sans rien dire.

Ce matin nous traversons une région de vignobles jusqu’à Jerez de la Frontera, située dans la plaine de l’estuaire du fameux Guadalquivir. Grande curiosité, pour nous français et amateurs de vin, de visiter une cave, comme nous en avons en France. La Bodega espagnole a la particularité de fabriquer les vins de Jerez qu’en France nous appelons Xéres. Un immense hangar et des centaines de fûts de chêne énormes. Nous écoutons avec attention les explications des différents stades de "l’élevage du vin" et enfin nous sommes contents de nous asseoir pour une dégustation. L’apéritif fut un moment agréable mais nous avons regretté le manque de quelques olives ou de quelques "tapas" pour aider le vin à passer. Nous nous sommes tous pliés à l’exercice : goûter le Xéres aux trois stades de maturation. Certains, ne se sont pas fait prier et même se sont portés volontaires pour finir le verre de leurs voisines. On ne citera pas de noms mais ils se reconnaîtront !

Avant de partir pour Cadix un beau spectacle d’art équestre nous attend. De petits chevaux andalous montés par de fiers cavaliers en costumes du XVIII°. Elégance, précision dans les divers exercices imposés par la volonté des hommes. Ces chevaux ressemblent étrangement à ceux dessinés dans les grottes où l’on peut les trouver sous une forme d’art rupestre préhistorique, notamment dans la grotte Chauvet.

Et voici Cadix ! Ses maisons blanches ornées de fers forgés à chaque balcon, chaque fenêtre, ses ruelles illuminées de fleurs rouges comme des taches de sang. Par la suite nous verrons souvent, accrochés aux murs, de nombreux pots en céramique bleue plantés de géraniums. Pour les faire boire on se sert d’une longue perche terminée par un arrosoir. Une jeune femme en statue de bronze nous en fait la démonstration au détour d’un immeuble. La belle cathédrale est de style baroque. Enfin je fais la connaissance de cette ville andalouse que depuis l’enfance j’aimais déjà, à travers les chansons de Luis Mariano.

Premier soir à Séville. Nous partons flâner un peu dans la ville. On ne voudrait pas se perdre et un plan est consulté ; ce qui n’a pas empêché certains de ne plus trouver le chemin du retour et de faire un grand détour avant de voir l’hôtel. Il suffit parfois de prendre tout simplement le même chemin qu’à l’aller, mais à l’envers ! Le pragmatisme des femmes !

Les rues sont animées. L’exubérance, la musique nous suivent pas à pas. On retrouve là l’ambiance des villes méditerranéennes dans les soirs doux d’un début d’été. Le lendemain, Kate, notre guide nous rejoint dans le car pour un tour de ville. Belles avenues plantées d’arbres violets : les étonnants et magnifiques Jacarandas en fleurs. Les bâtiments de l’ancienne manufacture de tabac font immédiatement vibrer dans nos têtes la musique de Bizet. Puis promenade dans le parc de Maria Luisa de Séville créé en 1929 pour l’exposition ibéro-américaine. Les bancs de mosaïques, les fontaines où boivent les colombes, les orangers, les grenadiers, nous offrent un moment de paix et de senteurs. On résiste à l’envie de s’asseoir, de goûter sous les arbres la beauté du lieu. Mais on n’est pas là pour flâner ! Il faut avancer, il nous reste encore beaucoup de choses à voir ! Tout près, l’imposante et belle Place d’Espagne avec ses canaux, ses petits ponts. Elle restera dans notre souvenir pour deux raisons. Pour sa beauté et sa grandeur bien sûr et parce que c’est là que nous avons perdu pour la première fois Françoise !

Où est passée Françoise ? Elle était là il y a un instant, son appareil photos à la main, prête à fixer les souvenirs, les yeux levés vers les bâtiments majestueux qui entourent la place. Elle s’éloigne un peu parfois pour voir plus loin, curieuse de tout. Elle a disparu. Son téléphone ne répond pas. Il est l’heure de reprendre la route. Après plusieurs minutes d’inquiétude, la revoilà accompagnée de Delphine partie à sa recherche. La seconde fois où nous avons perdu Françoise, c’est dans une des nombreuses cathédrales que nous avons visitées. Soucieuse de ne pas se perdre – encore - elle a tout simplement suivi un autre guide dont la chemise ressemblait à celle de Juan. Nous nous en sommes amusées et nous lui avons pardonné. Cette fois son portable était dans sa poche !

De loin, la Giralda nous fait signe. Cet ancien minaret de la grande mosquée pointe sa flèche dans le ciel toujours bleu. Styles mauresque et renaissance mélangés. Il exerce, depuis la "Reconquista", la fonction de clocher de la cathédrale, une des plus grandes du monde et la plus grande d’Espagne. Christophe Colomb a trouvé là son repos éternel.

Quand on a vu l’Alhambra, l’Alcazar de Séville peut sembler plus modeste. Il l’est. Mais ceci n’enlève rien à sa beauté. Mélange de style gothique et d’ornementations de style mudéjar. Beau décor pour le mariage en 1526 de Charles Quint avec sa cousine Isabelle du Portugal !

L’étape est courte jusqu’à Córdoba. Un imposant pont romain enjambe avec majesté le fameux Guadalquivir. Le fleuve est large, puissant. Comment avons-nous pu le confondre avec un autre ! J’ai hâte de visiter la fameuse mosquée-cathédrale dont nous ont beaucoup parlé Jean-Claude Narcisse et Delphine ! Je ne suis pas déçue et à entendre les exclamations autour de moi, je crois que mes compagnons de voyage ne le sont pas non plus. Nous suivons Marina notre nouvelle guide, admiratifs, étonnés par ces quelques 850 colonnes surmontées d’arcs outrepassés composés d’une alternance de briques et de pierres. La cathédrale construite après la Reconquête au milieu de cette forêt de piliers semble incongrue dans ce décor. Après ce choc culturel, la visite des patios frais et fleuris nous a apporté la fraîcheur nécessaire à cette journée riche et chaude en émotions et en température.

Après la culture, la satisfaction des papilles. Nous avons fini la journée par un bel apéritif offert par l’Amopa. Devant le buffet et les verres de sangria, nous avions la preuve que ce voyage tient toutes ses promesses. Et ce n’est pas fini ! Il nous reste encore deux belles étapes : Tóledo et Zaragoza.

Lorsque nous arrivons face à Tolède, le point de vue est inoubliable. Le Tage enserre sur trois côtés cette ville posée sur un piton rocheux. On distingue tout en haut l’Alcazar.

La photo est obligatoire !

Le groupe et Tolede en arrière plan

Juan, notre guide, nous fait découvrir une installation inattendue de plusieurs escaliers roulants en plein air. Ils nous ont porté sans fatigue en haut de la ville. A l’intérieur de l’Eglise Saint-Thomas le fameux tableau "El entierrro del Conde de Orgaz" (l’enterrement du Comte d’Orgaz) du Greco ce qui nous a amené ensuite à visiter la maison-musée du célèbre peintre. Nous irons aussi admirer deux Goya dans la sacristie de la Chapelle de la cathédrale.

Nous roulons vers le nord et traversons la région de la Mancha où nous apercevons au loin, sur les crêtes des collines, quelques moulins blancs, théâtre des aventures de Don Quichotte et Sancho Panza, nés dans l’esprit brillant de Cervantès.
Nous avalons des kilomètres et traversons parfois des zones désertiques comme des décors de cinéma. La récréation chantée que nous a offert Marie-Thérèse Pecceu, l’avant dernier jour du voyage, nous a fait oublier nos pieds gonflés et nos dos endoloris. Nous avons repris en choeur les refrains que "les plus de vingt ans" connaissent. Refrains de notre jeunesse... Nous la remercions de nous avoir fait partager son talent de chanteuse.

Monique Pacalet nous a raconté, à sa manière et avec beaucoup d’humour, les personnages de la Sainte Famille. Le lendemain c’est Yves Aubert qui a joliment récité une fable de La Fontaine et qui a lu avec tout le talent qu’on lui connaît une de mes nouvelles. C’est dommage, on aurait dû y penser plus tôt. Je suis sûre qu’il y avait encore dans ce groupe plein de talents qui ne demandaient qu’à s’exprimer ! 
Dernière grande étape : Zaragoza sur les rives de l’Ebre. À midi, dans la rue qui nous menait au restaurant, une rencontre inattendue et bruyante ; une manifestation de chasseurs ! Casquettes orange et sifflets. Yves a voulu se mêler à la troupe pour siffler un peu. Mais ça n’a pas marché !

Nous sommes dans la basilique "Nuestra Senora del Pilar". Nous croisons une foule de pèlerins, venus saluer et prier Notre Dame du Pilier. José notre guide nous conte sa légende. Je ne saurai la redire. Ce pilier est invisible à l’œil et seule la foi profonde de ces gens les amène dans ce lieu sacré. Nous retrouvons aussi l’immense place de Saragosse, avec sa fontaine, imposante et originale. Un peu de modernité dans ce décor historique et minéral.

Nous remontons par la Costa Brava et ultime étape à la Jonquera. L’usine à touristes du dernier hôtel, qui ne manquait pas de confort, nous a rappelé que la véritable Espagne ne se trouvait pas là. Nous avions quitté la belle Andalousie, riche de son passé et de ses traditions.

Les guitares se sont tues, les danseuses ont rangé leurs castagnettes et le toréro est sorti de l’arène.

Demain nous serons en France et nous fredonnerons avec nostalgie "Guantanamera, ma ville…"

L’auteure Félicia Pinet sous haute protection de ses gardes du corps

A voir également sur notre site :

Quelques photos prises par les voyageurs

La faille de Ronda Le groupe Encore à l'ombre dans une bodega à Jerez de la Frontera Jacanradas en fleurs Tolede au loin Banc de Don Quichotte

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