ENSM-SE, Axe Processus Naturels, UP1, La Terre est Ronde

arrow_accueil.gifAccueil

turhome.gif

Retour page enseignement

 

Accès au polycopié

 

chapitre  suivant small_chp_right.gifsmall_chp_right.gif

 

page  suivante turright.gif( Idées Fortes )

 

Plan

Avertissement au lecteur

 

Aristarque de Samos

 

Malgré plus de 10 années d’ajouts variés  et de modifications ce poly n’est toujours pas un cours complet et ce n’est pas son objectif, même si vous trouverez ici ou là un fourmillement rebutant de connaissances parfois trop (?) pointues, typiques d’un cours. Le propos est d’apporter une aide à l’étudiant dans sa compréhension des processus naturels, en le baladant dans des échelles de temps ou d’espace très variées et en tirant ici ou là sur la pelote de la complexité par quelques brins.

En effet, une approche globale (voire systémique) des processus est indispensable à la compréhension des phénomènes naturels et cette culture devient d’autant plus nécessaire qu’avec les temps modernes, l’homme est bien devenu la 1ere espèce consciente que son activité influence le futur de notre planète. Il ne faut ni s’en enorgueillir ni en avoir peur, mais garder à l’esprit que les générations que nous formons aujourd’hui auront à agir demain en étant capables de considérer leur action en termes de problèmes globaux, dans leur complexité et dans le respect de ce qui l’entoure, animal, végétal, minéral. Pour ces générations, de plus en plus peuplées et actives, le caractère holistique des processus naturels — au sens où ceux-ci ont tendance au travers de leur fonctionnement à créer des ensembles structurés qui présentent des dimensions supérieures à la somme de leurs parties — imposera de les aborder avec une pensée complexe en vue d’une politique de développement soutenable. Le mot anglais « soutenable » est peut-être préférable à « durable », dont la connotation temporelle entrave la compréhension du concept en laissant penser qu’il s’agit de faire durer l’état actuel quand il s’agit au contraire de le faire évoluer. Le développement soutenable implique une politique de croissance responsable et respectueuse, fondée sur la mitigation[1] et non sur un retour supposé vertueux (et complètement irrationnel) aux temps d’avant, Eden écologique pour une pensée unique. Viser à limiter l'intensité de certains aléas tels que ceux liés à des phénomènes climatiques et géologiques impose d’en saisir les processus et les interactions. Et même si nous devions en venir à considérer toute politique de mitigation comme inaccessible, en terme de coût aussi bien que de technique, il resterait à fournir l’indispensable effort d’adaptation aux changements d’environnement qui, de toute manière, attendent notre espèce et auxquels, de toutes façons, nous n’échapperons pas !

La dilapidation des ressources naturelles est, pour les combustibles fossiles, irréversible pour la fraction déjà consommée. Elle est même semble-t-il impossible à réduire pour les sociétés les moins industrialisées[2]. Face à cette situation, le plus dérangeant n’est pas tant la disparition d’une énergie quand d’autres sont renouvelables et seront largement à la disposition de l’homme dans le futur, que l’épuisement d’un gisement source d’une foule d’applications autres qu’énergétiques. Sur ce plan là, l’irréversibilité de nos actes doit peser dans nos décisions. S’agissant d’éléments utiles à la fabrication de nos objets et outils manufacturés, l’épuisement de la ressource est virtuel. Le recyclage devient la norme et constituera demain le nouveau gisement, délocalisé et permanent, dont la raréfaction sera en quelque sorte presque seulement dépendante de la taille de la population mondiale[3].

L’utilisation des deux ressources vitales, l’air dont nous commençons à peine à saisir l’importance d’une gestion, et l’eau, tombée du ciel et donc toujours considérée comme bénédiction de(s) (D)dieu(x) — utilisez à votre convenance majuscule, singulier et pluriel — sera demain au cœur des préoccupations humaines. Protéger et gérer nécessite une compréhension claire du cycle de l’eau, du carbone, des substances contaminantes etc., ainsi que des interactions entre tous les réservoirs. Passant par nos besoins, cette eau merveilleuse rejoint un cours d’eau, « diluteur » muet des rejets dont nous le chargeons, dont nous ne connaissons que la surface. Parfois seulement (hélas), la vie de ce fleuve vient nous rappeler au détour d’une angoisse médiatisée que nous nous sommes forgé un vrai souci (e.g. PCB, antibiotiques, perturbateurs endocriniens…). Certes, les pays industrialisés ont pris conscience qu’ils ont les moyens de s’éviter des problèmes à venir et l’eau de nos rivières devient chaque jour moins sale. Pour le reste, l’immensité océanique si mal connue[4] sert encore trop souvent de poubelle à nos déchets, on la considère à tort comme un garde-manger inépuisable, comme le moyen idéal de circulation sans entretien pour nos marchandises[5] sur des bateaux pollueurs (fortunes de mer, dégazages, conteneurs etc.), voire parfois des quasi-épaves flottantes[6]… Tous ces problèmes ne sont pas récents. Le Nouvel Obs. écrivait en 2000, N°1879, « 40 000 navires de plus de 300 tonneaux sillonnent en permanence les océans et un bateau rejoint tous les trois jours le fond des mers » et de rajouter, presque en commentaire par anticipation à notre propos, « Mais plus que naufrages et dégazages sauvages, c’est la terre et ses fleuves poubelles qui polluent massivement la mer ».

70% de la surface terrestre n’ont pour témoin de nos activités que les riverains de l’océan, ici une marée noire, là une tempête trop brutale. Quid de l’impact de la surpêche sur la ressource halieutique ? Le désert du Sahara offre au marcheur l’incandescence d’un coucher de soleil ou le chant de dunes ; la solitude noire du fond des mers nous indiffère. La griffure mortelle du filet sur le fond de la mer existe-t-elle puisque personne n’est là pour la voir. La plaie béante de la carrière réclame réparation au nom du droit du sol lorsque cesse son exploitation, pas celle de la drague suceuse de sable et de tout le vivant qu’elle contient, la mer est à tous, le sable à personne. Tout ce qui se passe sous l’eau est hors du champ de conscience de l’humain. Que l’on y arrache les récifs ou le sable l’ordre de grandeur des chiffres avancés du « sand-mining » que l’on peut trouver ici ou là se situent entre 75 et 150.106 tonnes, plus que ce que les rivières apportent chaque année ? les bilans sont difficiles à étayer  pour produire des bétons, que l’on construise partout à l’excès au bord des plages, ne laissant ainsi aucune latitude au rivage pour s’adapter ou amortir les variations saisonnières d’énergie et l’on accusera d’abord le CO2 de fondre les glaces et de provoquer la montée du niveau de la mer. Pourtant, Maldives et Iles Marshall  sont autant malades sinon plus du dragage de leurs sables côtiers que de la montée du niveau de la mer, le 5° rapport du GIEC (IPPC 2014, http://ipcc-wg2.gov/AR5/images/uploads/WGIIAR5-Chap29_FGDall.pdf ) s’en fait l’écho. Que n’a-t-on dit d’une catastrophe, pourtant prévisible, la submersion de la Nouvelle Orléans ? Qui se soucie des 4 à 5 Gigatonnes (109) de sédiments bloqués par quelques 36389 barrages dans le monde (répertoriés par Commision Internationnale des Grands Barrages, http://www.icold-cigb.org/homeF.asp ), soit 1/4 des 16 à 19 Gigatonnes qui arrivaient avant jusqu’à l’océan (d’après l’IPCC 2014), nourrissant ainsi des deltas qui ne plus que reculer, et ce d’autant plus vite que la mer monte… Et le sable de nos plages n’est qu’une infime fraction de la masse de sédiments qui arrivent à la mer.

Bref, inconsciemment ou pas, l’homme d’aujourd’hui a largement mutualisé ses déchets et gère la ressource sans autre règle que la loi du plus fort (y compris en U.E.[7]). Il eut mieux valu une approche systémique à l’échelle de la ressource et des déchets générés, pour une gestion commune… Dans « la voie pour l’avenir de l’humanité » 2011, Edgard Morin explore des possibles réformes, rêves peut-être, utopies sans doute, mais la route que l’humanité s’est tracée devra changer ; la réussite de notre espèce a résidé dans sa capacité à coévoluer avec notre monde, pas sûr que nous gagnions à refuser plus longtemps d’en faire partie.

Heureusement, notre regard est en train de changer. La perception de la finitude du milieu qui nous accueille (espace et temps), dont la mondialisation n’est qu’une des manifestations, se fait jour. Elle vient s’ajouter à celle de la diversité croissante et non finie des connaissances indispensables à la prise en compte de la complexité des processus mis en jeux.

L’approche systémique de l’interface

Géosphère ∩ Atmo-hydro-sphère ∩ biosphère

est une absolue nécessité pour aider à mieux comprendre et à réduire la vulnérabilité des enjeux qui nous attendent…

Ce dernier point n’est déjà plus notre propos, et nous limiterons les objectifs de ce poly à fournir quelques-unes     des     clefs     indispensables     pour

appréhender les processus naturels

de manière globale.

Il s’agit là d’une obligation particulière, qui impose une remobilisation très forte de nos modes de fonctionnement. J’emprunterai aussi à Edgar Morin la prise de conscience qu’il nous faut faire, que la cause profonde du danger qui nous guette « est d'abord dans l'organisation de notre savoir en systèmes d'idées, de théories, d'idéologies », que la science peut, par spécialisation excessive,  conduire vers  « une nouvelle ignorance liée au développement de la science elle-même, à l'usage dégradé de la raison. Tant que nous ne relions pas les connaissances selon les principes de la connaissance complexe, nous restons incapables de connaître le tissu commun des choses… …les erreurs progressent en même temps que nos connaissances. N'est-il pas urgent de réinterroger une raison qui a produit en son sein son pire ennemi, la rationalisation?

Fort de cette interrogation, il m’a paru indispensable de confronter dans ce poly des arguments scientifiques qui, pourtant tous publiés dans des revues à comité de lecture, s’opposent dans l’exposé des faits ou dans les modèles que les auteurs en tirent. L’objectif d’une telle confrontation n’est alors pas de définir une « vérité » mais au contraire d’inviter le lecteur à penser de manière critique, à éviter les courts-circuits de la réflexion et les conventions culturelles qui alimentent la doxa (voir épilogue).

Utiliser ce poly dans le but d’assembler vos savoirs en une trame vous donnant à lire la complexité du monde est beaucoup plus important à mes yeux que d’apprendre par cœur tel ou tel nom de roche ou de minéral. Partant de là, prenez ce poly comme un tremplin, pour aller chercher les viatiques qu’il vous faudra porter, pour mieux explorer le tissu commun des choses sur 5.6 milliard d’années d’une histoire toujours renouvelée (à différentes échelles), de l’inerte au vivant, ou comme l’aurait dit C. Allègre, « de la pierre à l’étoile ».

                                               Bonne lecture…

                 J.L.B.

Site WEB consulté

http://www.grameen-info.org/index.php?option=com_content&task=view&id=465&Itemid=547

Prologue

Un trop bref historique

Une remarque s’impose : la géologie et sa sœur jumelle au combien plus âgée, l’astronomie, se distinguent considérablement des autres sciences car l’expérience qu’elles étudient est unique, et contient ses expérimentateurs. Ni l’astronome ni le géologue ne peuvent agir sur le milieu qu’ils étudient, pour des raisons d’échelle de temps ou d’espace, et ils doivent donc se contenter de l’observer ponctuellement de l’intérieur, à la rigueur le tester en petit, au mieux le modéliser, à partir de données éparses ; le risque de se tromper est donc grand ! Aussi, la collection des informations sur des temps qui dépassent souvent la durée de vie des observateurs a‑t‑elle joué et joue-t-elle encore un rôle essentiel dans le progrès de ces sciences. La bibliothèque d’Assurbanipal contenait au ~VII° siècle des tablettes astronomiques dont les plus anciennes remontent sans doute au ~[8]XX° siècle. Ces tablettes évoquent la marche en zigzag des planètes par rapport aux constellations, et contiennent des tables des éclipses passées, qui servaient à prédire celles à venir. On comprend bien ici comment le développement de ces sciences passe largement par le stockage et l’analyse d’observations fiables, et donc parallèlement par l’accroissement des performances des instruments de l’observation. Toutefois, nous en arrivons vite à un tel degré d’accumulation de résultats, de multiplicité des méthodes d’études, que le nombre des paramètres mesurés devient trop important pour que nous puissions les appréhender dans leur ensemble. Cela nous force souvent à recourir à l’image (e.g. les cartes), dont « l’immanence » parle mieux à notre cerveau que de longues colonnes de nombres. Néanmoins, pour bien comprendre les systèmes naturels complexes, il devient urgent d’apprendre à combiner l’ensemble des informations, en se dépouillant de l’inutile par la sélection des observations, et en confrontant l’information à la théorie éphémère, dans un aller-retour ouvert et fécond sans hiérarchie de valeurs. Porte ouverte ? Il n’est que de regarder par exemple nos débats modernes qui rassemblent souvent Grands Scientifiques et Politiques pour constater que l’argumentaire idéologique est encore largement présent, et pas toujours seulement chez le Politique !…

La représentation du monde dans nos civilisations ouest-européennes est marquée très tôt par une double démarche. D’un côté, comme l’écrit J.C. Ameisen en 2008 à propos du vivant dans « Dans la lumière et les ombres », « la Genèse fige, une fois pour toute la diversité des espèces vivantes. Et sépare radicalement la création de l’être humain de la création de toutes les autres espèces… Tels qu’ils sont, et demeureront, depuis l’origine ». Ainsi, le récit fondamental des 3 grandes religions monothéistes, très largement répandu maintenant, interprète-t-il notre univers à partir d’une intention divine unique et définitive. Le 2°courant de pensée, hérité des Perses, développe, chez les Grecs, la vision d’un monde habité par les hommes mais aussi par les dieux et qui ne doit rien à ces derniers. Au ~V° siècle, pour Anaxagore de Clazomènes, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (maxime célèbre que lui empruntera Lavoisier). Les êtres et la matière ne se produisent ni ne se créent, mais se transforment. Pour lui, tout est matière et chaque chose se compose des mêmes éléments, qu’il aurait nommés atomes, mais en des proportions différentes. Cette idée préfigure celles de Démocrite, père de la théorie atomiste. Et le philosophe généralise sa pensée, écartant un éventuel « intelligent design » dans la nature : « ce n’est certes pas par réflexion ni sous l’emprise d’une pensée intelligente que les atomes ont su occuper leur place ; ils n’ont pas concerté entre eux leurs mouvements. Mais comme ils sont innombrables […] et qu’ils s’abordent et s’unissent de toutes les manières possibles […] il est arrivé qu’après avoir tenté unions et mouvements à l’infini, ils ont abouti enfin aux soudaines formations massives d’où tirèrent leur origine ces grands aspects de la vie : la Terre, le ciel, les espèces vivantes » Ibid.   Dès cette époque, entre ~VII° et ~IV° siècle, pendant que la bible hébraïque prend la forme que nous lui connaissons, se met en place en Grèce chez les présocratiques une démarche scientifique pour laquelle tout est toujours en train de naître = nature. Les philosophes mettent l’observation au premier plan de leurs disciplines. Elle conduira à des déductions très précoces qui auraient pu nous protéger du géocentrisme…

 La question de la forme de la Terre apparaît très tôt dans l’esprit humain. A l’articulation des ~VII° et ~VI° siècles avant JC, Thalès de Milet (vers ~625-547) se préoccupait déjà d’une représentation de l’univers. Dans celle-ci, la Terre était un disque flottant comme du bois sur l’eau, dans un espace rempli d’eau, la « matière primordiale ». On reconnaît  souvent dans cette façon de voir de Thalès l’influence des mythologies anciennes pour lesquelles l’eau est un élément essentiel, tel le Nil des égyptiens ou les deux océans inférieur et supérieur à Babylone. C’est avec l’école de Milet que naît la rationalité ; elle est la première à distinguer le naturel du surnaturel, et pour Thalès, la description du monde n’est plus seulement métaphysique (l’histoire d’une création) mais aussi une connaissance physique. La recherche de causes naturelles pour expliquer les phénomènes commence. Parallèlement, la discussion logique des arguments devient une nécessité.

Anaximandre de Milet (~610-546), élève de Thalès, est considéré comme le père de l’idée de « nature », c'est-à-dire de naissance perpétuelle du monde. Pour lui l’origine du monde n’est plus un point singulier dans le temps, mais une perpétuelle naissance dont découle ce qui est ou sera. Il vise à sortir les 4 éléments, l’air, la terre, l’eau et le feu de leur conception mythologique pour en donner une explication physique et expliquer comment se sont formés la Terre et les êtres vivants à partir des interactions entre les 4 éléments. Sa conception de l’univers est cylindrique (Fig. 1). Celui-ci est infini et la Terre en occupe le centre, où elle flotte en équilibre ; elle est un cylindre de hauteur égale à 1/3 de son diamètre, entouré d’une masse océanique circulaire. Un tel modèle cylindrique autour de la Terre rend compte (Fig. 1) de la disparition des astres sous l’océan (jour-nuit) et de la hauteur variable des astres dans le ciel (saisons), questions sur lesquelles la représentation de Thalès venait buter. Pour plus de détails, lire l’article aisément accessible de Wikipédia.

 le jour en été                            la nuit en hiver

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anaximandre

 

La Terre… sans l’océan

Fig. 1 : le monde et la Terre selon Anaximandre

 

Avec Pythagore, (vers ~580 – vers ~490), bien connu pour son fameux théorème, apparaît au ~VI° siècle la sphéricité de l’univers (qu’il nomme cosmos). Mais il ne la démontre pas, elle est nécessaire ; L’empreinte mythologique est forte encore, la sphéricité du monde, comme le caractère circulaire des orbites se doivent d’être parfaits. Il a été fortement marqué par la science des nombres, le calcul arithmétique, la géométrie et l’astronomie, et en fait les principes fondamentaux de sa vision du monde et de la cité. Pour lui les lois naturelles reposent sur des lois mathématiques. Les élèves de l’école pythagoricienne seront à l’origine d’idées très fécondes : pour Philolaos de Crotone, vers ~470, la Terre sera mobile dans le cosmos ; plus tard, pour Hecitas de Syracuse, au ~IV° siècle, la Terre tournera sur elle-même… C’est à Parménide, (vers ~510 – vers ~450) que l’on attribuera le plus souvent la rotondité de la Terre, même s’il est probable qu’il faille l’attribuer à Pythagore. La même philosophie de perfection des cercles ou sphère portant les divinités est encore présente au ~V° siècle quand Eudoxe, élève de Platon, propose une représentation du mouvement des planètes par des mouvements circulaires uniformes, «seuls dignes de la perfection des corps célestes». Il faudra à Eudoxe un total de 27 sphères emboîtées (Fig. 2a), aux axes et vitesses de rotation bien choisis, pour rendre compte du mouvement des astres autour de la Terre. Le système de Ptolémée ne sera qu’une variante bien plus tardive, mais plus efficace, de ces tentatives géocentriques de représenter notre univers.

Par contre, encore au ~V° siècle,  avec Anaxagore de Clazomène (~500-428), dont nous avons déjà rappelé la vision atomiste (avant la lettre) d’un monde qui se réorganise perpétuellement sous la direction d’une forme d’intelligence organisatrice, le « noûs » (prononcer nousse), l’observation du cosmos fait sortir les astres du panthéon.  Pour lui, ils ne sont pas des dieux mais des masses incandescentes.  Il a eu l’intuition que les planètes et la Lune étaient des corps solides analogues à la Terre, lancés dans l’espace. Il en avait déduit que les éclipses de Lune résultent de l'immersion de celle-ci dans l’ombre de la Terre, et que la lumière qu’elle émet n’est que le reflet de celle du Soleil… Il en mourra, car pas plus dans le monde grec de l’époque qu’après ou ailleurs, il ne fut et n’est partout possible d’irriter sans risque les croyances ou les tenants du blasphème facile.

Ainsi, si Socrate (~470-399) est souvent considéré comme le père de la philosophie occidentale, c’est d’abord parce qu’il compte parmi les inventeurs de la morale. Sa vision du monde est essentiellement spirituelle. Son monde était divisé en deux domaines, celui des hommes et celui des dieux ; Ce faisant, il remplace par des causes finales les causes physiques des phénomènes naturels mises en avant par les présocratiques, dont nous venons de parler. Expliquer le comportement des astres (réputés du domaine des dieux) par le raisonnement (pertinent dans le seul domaine des hommes) est donc synonyme d’impiété. Ainsi Socrate est en parfait accord avec l’idée de causalité ordonnatrice des choses chez Anaxagore, mais il rejette toute causalité mécanique du même auteur…

Avec Démocrite,  (vers ~460 – vers ~370), on retrouve l’idée de nature, et celle-ci est composée pour l’auteur du ~IV° siècle de 2 principes : ce qui est plein, qu’il nomme atomes et entre les atomes, le vide (ou néant). Les atomes sont solides et indivisibles, leur taille les rend inobservables. Ils constituent tous les composés, donc les 4 éléments, l’air, la terre, l’eau et le feu. Ils se déplacent éternellement, dans le vide infini, ils génèrent toute chose en se réunissant, et se maintiennent ensemble jusqu’à leur dispersion, destruction de toute chose… Belle intuition…

A la même époque, ~V°- ~IV° siècle, Platon (~427- 348) creuse le sillon tracé par Socrate avant lui, en particulier dans son approche de l’éthique et dans le principe de causalité. Ainsi  lit-on dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Platon.   « Pour connaître le monde, il faut se rapporter à sa cause… » et « …pour que le monde sensible existe il faut qu’un démiurge le crée ». L’empreinte mythologique se traduit dans la conception de l’univers de Platon : La terre est au centre et immobile ; le mouvement des planètes est expliqué par un système de sphères emboitées.

 Eudoxe de Cnide, (~408-355) fut l’élève de Platon ; Il est connu pour sa théorie des sphères homocentriques (Fig. 2a) qui sont venues parfaire le modèle de Platon. Pour rendre compte du déplacement rétrograde apparent des planètes externes sur la sphère étoilée (Fig. 2b), le mouvement de chaque astre est construit par la combinaison des mouvements de plusieurs sphères. Le système géocentré des sphères homocentriques est faux, mais il est néanmoins d’une précision remarquable puisqu’Eudoxe calcule une durée de l’année égale à 365 jours ¼ ! Toutefois, ce système complexe présente un défaut majeur dont il semblerait qu’il fut décelé très vite, à l’époque d’Eudoxe : chacune des planètes reste à une distance fixe de la Terre. Or, elles offrent une luminosité variable, qui ne s’explique qu’en faisant varier leur distance à la Terre. Ce défaut ne sera gommé que plus tard, au II° siècle AD, par Ptolémée. Nous y reviendrons.

Fig. 2a : sphères d’Eudoxe

Fig. 2b : déplacement rétrograde de Mars sur la voûte étoilée, explication héliocentrée

 

Au ~IV° siècle, Aristote (~384-322) est le fondateur du Lycée, aussi nommé école péripatétique puisque l’on y enseignait en marchant. Les idées d’Anaxagore lui permettront l’observation de la rotondité de la Terre, grâce à l’ombre portée par la Terre sur la Lune lors d’une éclipse. Mais il fut surtout un disciple de Platon, d’abord dogmatique puis ensuite plus critique,  mais il resta néanmoins un philosophe spiritualiste. C’est pourquoi Saint Thomas d’Aquin fera de la philosophie aristotélicienne, 17 siècles plus tard, l’un des piliers de la doctrine chrétienne catholique, servant de référence à la fois spirituelle et scientifique…

Héraclide du Pont (~IV° siècle encore) eut quant à lui l’idée de faire tourner la Terre sur elle-même pour expliquer le mouvement apparent des étoiles (Fig. 3). Pour les Grecs cultivés de cette époque, la sphéricité des corps célestes ne faisait plus de doute, et les notions de latitude et de longitude sont alors apparues.

Fig. 3 : la Terre tourne sur elle-même

 

Aristarque de Samos (~310-230),  allait « pousser le bouchon » fort loin, en affirmant que la Terre est non seulement ronde et qu’elle tourne sur elle-même, mais encore qu’elle tourne autour du Soleil. Cela explique dès cette époque l’alternance des saisons et simplifie considérablement le système des sphères d’Eudoxe. Il va plus loin encore en observant que le diamètre apparent de la Lune peut être reporté trois fois dans le disque d'ombre de la Terre. Le diamètre de la Lune déduit du diamètre du cylindre d'ombre vaut donc 1/3 de celui de la Terre. Il mesure la taille angulaire du disque lunaire D comme étant égal à 1°, commettant là une erreur du simple au double (il n’est que de 0.5°) et calcule alors la distance Terre-Lune en fonction de cet l’angle solide et du diamètre D de la Lune, qu’il a estimé à 1/3 de celui de la Terre. On pourrait écrire l’approximation suivante :

D x 180 / p x D = 57 x D

Mais l’évaluation précise de p ne sera faite que plus tard, par Archimède de Syracuse  (~287-212) et les notions de trigonométrie n’apparaîtront qu’au ~II° siècle avec Hipparque de Nicée (~190-120). Aristarque utilisa donc pour ses calculs les tables de données astronomiques héritées des babyloniens, remontant jusqu’à Ninive aux environs du ~XX°. Aristarque observe aussi que le demi-quartier de Lune se produit lorsqu’elle reçoit les rayons solaires de façon exactement perpendiculaire au segment Terre-Lune (Fig. 4). Il mesure l’angle sous lequel se situe le Soleil par rapport au segment Terre-Lune, égal à 87° (il est en fait de 89.85°) et calcule une distance Terre Soleil égale à 19 fois ce segment Terre-Lune. Son erreur de mesure sur l’angle (2°85) est suffisante pour que le résultat de la distance relative Terre-Soleil soit très largement minoré ; cette distance est 22 fois plus grande. Mais avec Aristarque, tous les éléments de l’héliocentrisme sont en place. On peut dire que dès cette époque, les Grecs anciens ont développé tous les arguments qui auraient dû faire perdre à notre globe « son caractère immuable et privilégié, au centre de tout » (E.Universalis). Pour substituer à la création parfaite et immuable des dieux l’image moderne d’un univers en mouvement et en perpétuelle évolution (ou renaissance), conforme à l’idée de nature, il ne manquait plus que l’observation clairvoyante des fossiles (bien qu’Anaximandre de Milet ait déjà entrevu la transformation du vivant dès le ~VI° siècle).

Fig. 4 : la mesure de la distance Terre Soleil par Aristarque de Samos

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristarque_de_Samos

Au ~III° siècle, Eratosthène (276 - 194) pratiqua la première mesure précise de la sphéricité de la Terre (Fig. 5) ;  il avait noté qu’au solstice d’été les puits d’Assouan (Syène à l’époque) étaient inondés de lumière, alors que l’obélisque d’Alexandrie conservait une ombre. Estimant que ces deux localités sont sur le même méridien, il mesura une différence de latitude de 7°12’ (au lieu 7°07’); connaissant la distance des 2 sites aux approximations près de l’époque, il en déduisit une valeur de la circonférence terrestre de 250000 stades, soit environ 46000 Km (soit 128 Km/°), une valeur somme toute très approchée des 40000 Km mesurés de nos jours (soit 111.11 Km/°) !

 

Fig. 5 : 1° mesure de la rotondité de la TerreEncyclopedia universalis

Au ~II° siècle, Hipparque (190 – 120), allait faire l’invention géniale de la précession des équinoxes[9] (Fig. 6). On sait aujourd’hui que la précession est provoquée par le couple de forces exercées par la Lune et le Soleil (1 seul corps dans la figure 6) qui tend à ramener l’axe de rotation de la Terre sur la normale au plan de l’écliptique. Le déséquilibre introduit par ce couple  provoque la rotation de l’axe de la Terre autour de la normale au plan de l’écliptique. Hipparque observa que la position de l’étoile Spica avait changé depuis les descriptions des Babyloniens. Il calcula, en comparant la position de l’étoile Spica à l’époque de Babylonien et à son époque, que l’axe de rotation de la Terre s’était déplacé de 2° sur le cône de précession ! Il estima que le déplacement était de l’ordre de 1°/siècle (au lieu de 72 ans) et qu’il était le même pour toutes les étoiles. Il allait hélas aussi réinventer le géocentrisme.

 

Fig. 6 : point vernal et déplacement de l’axe de rotation de la Terre sur le cône de précession,

Il allait en cela être suivi au II° siècle AD par Ptolémée. Dans son ouvrage « de Megale Syntaxi », rédigé en grec mais très répandu grâce à une traduction latine (« Almagestum »), Ptolémée invente la théorie des épicycles. Cette idée est si brillante qu’elle nous inspirera jusqu’à la Renaissance. Il est vrai que le discours sur les astres de Ptolémée n’est pas entaché des défauts du système d’Eudoxe. La théorie des épicycles (Fig. 7) rend parfaitement compte des mouvements apparents des planètes et introduit les changements de distance à la Terre nécessaires. Elle s’ajuste parfaitement à plusieurs siècles d’observations, et fait naître des tables numériques et des règles de calcul très performantes, qui permettent de prédire avec précision le positionnement des planètes et des étoiles. Les connaissances des grecs nous seront transmises par les Arabes, enrichies de nouvelles observations acquises par la construction d’observatoires réputés, comme celui de Bagdad au IX° siècle. Le principal mérite reconnu aux romains est d’avoir su archiver et traduire les connaissances de leurs administrés. Les tables de calcul de Ptolémée seront réécrites au XIII° siècle sous Alphonse X de Castille (Tables Alphonsines), car le rôle essentiel de l’astronomie et de la médecine de l’époque se confond encore, comme dans l’antiquité, avec ce que nous nommons aujourd’hui astrologie. On voit encore mal comment, face à tant de cyclicité, tant de prédictibilité, l’esprit humain pourrait un jour admettre définitivement qu’il n’est pas régit par un Ordre supérieur. Même de nos jours, bousculée par l’astronomie moderne, la « science divinatoire» a certes quitté le panthéon astronomique, mais c’est pour mieux crédibiliser le thème astral, le tarot ou la boule...

 

 

Fig. 7 : illustration de la théorie des épicycles

 

http://serge.mehl.free.fr/chrono/Hipparque.html

 

Pour la première fois depuis Aristarque, le Soleil revient au centre de notre monde avec les redécouvertes de Copernic (« Commentariolus » écrit en 1514 et « De Revolutionibus orbium coelestium », 1543). Il remplace les sphères de Ptolémée par des «orbes» solides qui entraînent chacune des planètes autour du Soleil. Pourtant, l’œuvre de Copernic n’est déterminante que parce qu’elle implique l’héliocentrisme. Elle ne repose sur aucune observation nouvelle, et si Copernic place le Soleil au centre du monde, c’est seulement parce qu’il est l’astre le plus brillant et que c’est de lui qu’émanent chaleur et lumière. En outre, il considère comme les philosophes anciens que le mouvement circulaire et uniforme est le seul possible car «le plus parfait ». Dans la 2° moitié du XVI° siècle, Tycho Brahe fait construire par Frédéric, roi de Danemark, un observatoire remarquablement instrumenté, qui lui permet d’accumuler 20 ans d’observations systématiques de la Lune, des planètes et du Soleil, avec une précision angulaire exceptionnelle, de l’ordre de la minute. Johannes Kepler, adepte de Copernic, tirera des cahiers que Tycho Brahe laisse à sa mort en 1601 que les orbites solaires ne sont pas des cercles mais des ellipses, et que le Soleil en occupe l’un des foyers. Il déterminera alors le mouvement réel des planètes.

L’Eglise ne s’opposa pas tout de suite au système de Copernic. Elle, qui considérait la création de Dieu comme parfaite et donc immuable[10], n’y voyait qu’une nouvelle méthode de calcul des tables des planètes. Ce n’est que lorsqu’elle réalisa que cela remettait en cause le géocentrisme d’Aristote qu’elle réagit, en brûlant vif en 1600 le disciple de Copernic Giordano Bruno qui affirmait que les étoiles sont d’autres soleils, puis en condamnant Galilée en 1633. En effet, grâce à l’usage de la lunette (1610), les observations de Galilée sur la rotation du Soleil, les satellites de Jupiter et les phases de Vénus, témoignaient avec une précision redoutable en faveur du système de Copernic.

Parallèlement, le médecin Fernel avait tenté dès 1530 de mesurer un arc de 1° en partant de Paris. Après avoir parcouru 1° de latitude vers le nord, il revint à son point de départ par le coche, en comptant le nombre de tours de roue effectué par celui-ci. Après moult corrections de topographie, il obtint la valeur de 110.6 km. En 1617, le géographe hollandais Snellius, inventeur de la mesure à longue distance par triangulation donnait une valeur très inexacte de 107 km pour 1° en hollande. L’abbé Picard, en inventant le théodolite en 1669 (lunette de Galilée munie d’un réticule), permet des mesures plus précises et obtient aux environs de Paris la valeur de 111.212 km. C’est à peu près à cette époque (1660-1665) qu’Isaac Newton formula sa fameuse loi de la gravitation universelle, qu’il ne publiera que plus tard, en 1687, mais il est important de noter qu’avec la mesure du méridien terrestre, Newton a pu entreprendre la première vérification numérique de sa loi. Admettons avec lui en première approximation que le mouvement de la Lune ne dépend que de la Terre, qu’il est circulaire autour de la Terre et que la Lune est animée d’une vitesse angulaire w constante. Posons encore que l’accélération de la pesanteur terrestre est égale à g à la surface de la terre, c’est à dire à la distance R du centre de la Terre, et qu’elle vaut w2D au centre de la Lune. Leur rapport g/ w2D est égal au rapport inverse du carré des distances D2/R2. Or en raison de l’observation de la parallaxe astronomique de la Lune, le rapport D/R est déjà connu avec précision à cette époque, et Newton put calculer la valeur du rayon terrestre R= g/w2*(R/D)3. L’excellente cohérence de ce calcul avec le résultat de la mesure de Picard allait l’encourager grandement à publier ses résultats. En 1672, à l’occasion du déplacement d’une horloge à Cayenne, l’horloger Richer constate que celle-ci, parfaitement réglée à Paris, prend ici un retard de 2’30’’ /jour. Newton interprète immédiatement ce retard comme le résultat de la force axifuge (nulle au pôle et maximum à l’équateur) qui diminue la valeur de g, et il comprend aussi que cette Terre qui pour lui avait dû se comporter comme un fluide en révolution au moins durant ses premiers âges, devait aussi avoir la forme d’un ellipsoïde de révolution. La mesure de 1°d’arc méridien devrait donc augmenter de l’équateur au pôle (fig.4 Chp. 3.A.2).

Dans Philosophiae naturalis principia mathematica, qui est souvent considérée, avec le De revolutionibus de Copernic, comme une des œuvres majeures de l’esprit humain, Isaac Newton allait enfin formuler en 1687 la synthèse tentée pendant tant de siècles entre les phénomènes terrestres et célestes, et mise au goût du jour par Copernic, Brahe, Galilée et Kepler. Principe de l’inertie, loi de l’accélération F = mg, et enfin principe de l’action et de la réaction constituent la base de l’ouvrage. Ensuite, à partir des lois de Kepler, Newton remonte à la cause première, la gravitation universelle: «Deux corps quelconques s’attirent en raison directe de leurs masses, et en raison inverse du carré de la distance de leur centre de gravité». Certes, la vulgarisation définitive des idées des grecs anciens et des coperniciens devra attendre les vues prises des grands télescopes et des satellites qui nous en apporteront la confirmation par l’image, mais avec Newton les outils du raisonnement sont déjà en place et la planétologie peut dès lors avancer à grand pas.

Au début du XVIII° siècle, à la suite d’une mesure erronée de la longueur du méridien Dunkerque-Perpignan, Cassini prétendait, en désaccord avec les idées de Newton, que la Terre avait la forme d'un citron, avec un rayon polaire plus grand que le rayon équatorial. C’est P.L. Moreau de Maupertuis qui vérifia le premier l’aplatissement polaire de notre globe. Il compara la longueur d’un arc de méridien qu’il mesura lors d’une expédition en Laponie en 1736-1737 avec la longueur de l’arc de méridien mesuré à Paris. Lors de la campagne d’exploration menée au Pérou, de 1735 à 1744, P. Bouguer et C. M. de La Condamine effectuèrent la même mesure. Les résultats sont sans appel! Le rayon polaire est de 6356 Km et le rayon équatorial de 6378 Km, 22 Km de différence, et la Terre n’est donc décidément pas ronde. Aller plus loin dans l’analyse des formes de la Terre attendra ensuite l’avènement du satellite artificiel, dont le détail de la trajectoire, en nous renseignant avec précision sur la distribution des masses à l’intérieur du «globe» terrestre, nous permettra passer de la morphologie mathématique de l’ellipsoïde à la forme mesurée de l’équipotentielle de pesanteur, que nous appelons géoïde.

Néanmoins, dès la fin du XIX° siècle, Wiechert avait montré par l'analyse des mouvements du globe que la Terre est constituée d'au moins 2 couches de densités très différentes. En effet, le moment d'inertie de la Terre serait égal à 0.4 MR2 (M = masse, R = rayon) si elle était homogène et de densité uniforme; il est en fait plus petit (0.33MR2), ce qui indique un excès de masse vers son centre. A l'aube du XX°, les 3 couches essentielles de notre planète sont reconnues. Les coupures sont de nature chimique :

1 -   l'atmosphère - Associée à l’hydrosphère, elle regroupe les éléments volatils et gaz rares; son histoire est encore largement controversée ;

2 - le manteau - Il est solide et de nature silicatée; la croûte terrestre, elle aussi de nature silicatée ne représente qu’une pellicule superficielle à la surface du manteau dont elle dérive ; longtemps mise en doute, la séparation du manteau en deux réservoirs indépendants est maintenant largement acceptée, avec un manteau inférieur relativement primitif et un manteau supérieur appauvri parce qu’ayant donné naissance à la croûte terrestre.

3 - le noyau - Il est liquide et de nature métallique (fer) ; le cœur, ou graine, est solide. Il donne naissance au champ magnétique terrestre.

Les mêmes coupures, avec présence d'un noyau métallique Fe ou Fe+S, sont observables sur les autres planètes dites « telluriques » proches du soleil (Fig. 8a, lire MC - Planeto - Telluriques et Gazeuses -Biron & Padet.htm), alors que les planètes plus éloignées, à cœur rocheux de petite taille, dites « joviennes », n'ont pas de noyau métallique Fe ou Fe+S (Fig. 8b). Les télescopes puissants du XX° siècle auront largement contribué à l’observation des 9 planètes de notre système (Tableaux 1 à 3), mais il reste beaucoup à faire pour en comprendre la physique, la chimie, et par-delà, l’origine et le devenir.

Notons ici que la distribution des masses volumiques des corps du système solaire n’est pas quelconque (tableau 2 et fig.9). Situées au voisinage du Soleil, les planètes rocheuses et leurs satellites ont une masse volumique élevée (r>3Kg/dm3) dans la première séquence. Elles sont donc très largement appauvries en éléments légers par rapport au reste. Mercure, Vénus et Mars voient leur masse volumique décroître avec la distance au Soleil. Le couple Terre Lune n’obéit pas à cette loi (r= 5.52 et r=3.34 respectivement), même si le barycentre des deux masses volumiques (pondéré par les volumes) occupe une place moins anormale (r= 5.46). La naissance tourmentée de ce couple, que l’on pourrait presque considérer comme une planète double, est une cause probable de perte supplémentaire en éléments légers (cf. Chp. 4.D.1). Jupiter (en vert) est la première des planètes externes (gazeuses) ; elle appartient à la deuxième séquence, mais montre encore de nombreux satellites dont la masse volumique moyenne supérieure à 2 les situe encore dans la première séquence de la figure 2. Saturne (deuxième planète gazeuse) et son cortège (violet), apparaissent clairement comme les corps les moins denses de notre système ; ils constituent toute la troisième séquence et la partie «légère» de la deuxième. Enfin, Uranus (marron), Neptune (bleu) et Pluton (cyan) se rangent par ordre croissant de masse volumique avec leur distance au Soleil, et appartiennent toutes trois à la séquence moyenne, de densité voisine de celle du Soleil (en jaune). Une telle distribution des masses volumiques autour d’un minimum assez éloigné du Soleil (Saturne) impose une histoire précoce complexe à notre étoile et à son cortège de planètes, nous y reviendrons.

planeto planètes roch

Fig. 8a : Les planètes rocheuses ; Mercure Venus Terre Mars

 

planeto planètes gaz

Fig. 8b : Les planètes gazeuses ;  Jupiter, Saturne, Uranus Neptune,

 

Tableau 1: Les planètes du système solaire et leurs satellites

VÉNUS

MERCURE

TERRE

MARS

JUPITER

SATURNE

URANUS

NEPTUNE

 PLUTON

 

 

Lune

Phobos

Deimos

Métis
Adraste
Amalthée
Thébé
Io
Europe
Ganymède
Callisto
Léda
Himalia

Lysithée
Elara
Ananké
Carmé
Pasiphae
Sinope

Atlas
Janus
Prométhée

Epiméthée
Mimas

Pandore
Encelade
Thétis
Télesto
Calypso
Dioné
Rhéa
Titan
Hypérion
Iapetus

Phoebé

Miranda
Ariel
Umbriel
Titania
Obéron

.

Triton

Néréide

Charon

Tableau 2: Planétologie comparée : rayons et masses volumiques du Soleil, des planètes et de leurs satellites

Corps

Rayon

Masse Volumique

 

Corps

Rayon

Masse Volumique

 

 

 

 

 

 

 

Soleil

695000

1.41

 

 

 

 

Mercure

2440

5.42

Saturne

60268

0.69

Venus

6052

5.25

Pandore

45

0.7

Terre

6378

5.52

Prométhée

50

0.7

Lune

1737

3.34

Epiméthée

55

0.7

Mars

3397

3.94

Janus

90

0.67

Phobos

10

2

Phoebé

110

0.7

Deimos

6

1.7

Hypérion

150

1.4

Jupiter

71492

1.33

Mimas

196

1.17

Léda

8

2.7

Encelade

250

1.24

Adraste

10

4.5

Thétis

530

1.21

Ananké

15

2.7

Dioné

560

1.43

Sinope

18

3.1

Iapetus

730

1.21

Lysithée

18

3.1

Rhéa

765

1.33

Métis

20

2.8

Titan

2575

1.88

Carmé

20

2.8

Uranus

25559

1.29

Pasiphae

25

2.9

Miranda

236

1.15

Elara

38

3.3

Ariel

579

1.56

Thébé

50

1.5

Umbriel

585

1.52

Amalthée

90

1.8

Obéron

761

1.64

Himalia

93

2.8

Titania

789

1.7

Europe

1569

3.01

Neptune

24764

1.64

Io

1815

3.55

Triton

1350

2.07

Callisto

2403

1.86

Pluton

1137

2.05

Ganymède

2631

1.94

Charon

586

1.83

 

Tableau 3: planétologie comparée (tiré de comprendre et enseigner la planète Terre).

 

Planète

Mercure

Vénus

Terre

Lune

Mars

Jupiter

Saturne

Uranus

Neptune

Pluton

Distance au soleil (u.a[8].)

0.387

0.723

1.000

 

1.523

5.202

9.538

19. l8l

30.057

39.44

Période de révolution (jours)

87.969

224.701

365.256

27.321

686.980

4332.589

10759.22

30685.4

60189.0

90465.0

Temps de rotation

58.65j

-243.01

23.934 h

id.

24.622h

9.841 h

10.233 h

l7.2 h

l7.8h

L6.38 h

Obliquité de l’axe de rotation

- 2°

23.44°

L 6.41 °

23.98°

3.08°

29°

97.92°

28.80°

?

Inclinaison sur l’écliptique

7.00

3.39

-

1.32

1.85

1.3

2.49

0.77

1.77

17.2

Excentricité de l’orbite

0.205

0.006

0.016

0.055

0.093

0.048

0.055

0.047

0.008

J 0.250

Rayon équatorial (km)

2439

6052

6378

1738

3397

71998

60000

26145

24300

l20O?

Rayon polaire

2439

6052

6356.5

1738

3380

66770.

54000

?

23650

?

Aplatissement

O

O

r 0.003

0

0.005

0.062

0.105

?

0.02

?

Masse (unité de masse :Terre)

0.055

0.815

1.000

0.12

0.107

317.893

95.147

14.54

17.23

0.002 ?

Densité moyenne

5.42

5.25

5.52

3.34

3.94

1.314

0.69

1.19

1.71

r 0.6-l.7?

Pesanteur à l’équateur

3.78

8.60

9.78

1.63

3.72

22.88

9.05

7.77

11.00

r 4.3?

Vitesse de libération (km/s)

4.3

10.3

1.2

2.37

5.0

59.5

36.6

21.22

23.6

5.3 ?

Nombre de satellites connus

O

O

1

-

2

17

21

15

8

 

Champ magnétique

1/100 du champ terrestre

non

3.3.10-5T

à

7.10-5 T

Faible Et fossile

2/100 du champ terrestre

4. l0-4 T

à

15.10-4 T

oui

oui

oui?

?

Température au sol

+430°C-170°C

460°C

+50°C

-90°C

+120°C

- 180 °C

0°C

-70°C

-145°C

-133°C

-223°C

-193°C

?

Albédo

0.055

0.7

039

0. 1 2

0. 1 54

0.45

0.45

0.46

0.53

0.6

Atmosphère

non

CO2 96:5% N2 3.5%

N2 78%

O2 21%

non

CO2 95% N2 5 %

He 17%

H2 82%

93% H2

H2

Oui mal connue

oui

Pression au sol

-

95 bars

1 bar

-

qqs mbar

?

?

?

?

?

Particularités géologiques remarquables

Pas d’évolution depuis 3.5. l09 années au moins

Révolution Rétrograde Atmosphère dense

.Présence de vie Un gros satellite : la Lune

Satellite de la Terre

Présence de glace d’eau

Rayonne 2.5 fois + d’énergie qu’il n’en reçoit Anneaux

Rayonne 1.8 fois + d’énergie qu’il n’en reçoit Anneaux

Présence d’anneaux Révolution rétrograde

La plus dense des géantes Anneaux

Peut-être un ancien satellite de Neptune?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Principaux atomes reconnus (à la surface pour les planètes telluriques)

Si O Fe Ti

Si Al Mg Fe O

Si O Al Mg Mn Fe K Ca Ti

Si Al O Ca Mg Fe

Si O Al Mg Fe S Mg Ca

Présence d’un petit noyau de silicates et de glaces entouré d’hydrogène et d’hélium sous forte pression et sans doute à l’état métallique

?

 

 

Fig.9 : distribution des poids volumiques dans le système solaire. Elle se découpe en trois séquences :

la première, à droite, débute avec Léda à la "densité" 2.7  et se termine avec la Terre (r=5.52) ;

la deuxième est celle des "densités" moyennes, elle est centrée autour de celle du Soleil ( r=1.41) et s’étale continûment entre Miranda (r=1.15)et Triton(r=2.07) ;

la troisième, de "densité" minimale (r=0.7) est celle de Saturne et de certains de ses satellites.

 

 

small_turup

 Haut de la page

 Retour page enseignement

 

chapitre  suivant

page  suivante  ( Idées Fortes )

Plan

 




[1] Mitigation : du latin mitigare), signifie atténuation. Dans le cadre de la prévention de risques majeurs naturels, l’objectif de la mitigation est d'atténuer les dommages sur les enjeux, afin de les rendre plus supportables par la société.

[2] L’absolue nécessité de rattraper leur retard économique, ou simplement de cuire, de se chauffer, de se déplacer implique, pour les sociétés les plus pauvres, l’utilisation des ressources les moins chères, pour l’heure les combustibles fossiles, quel qu’en soit le prix à payer à long terme. On voit combien il y a loin des intentions aux accords (Kyöto, Montréal ou Copenhague) et des accords aux réalités qui les suivent… La mitigation passe ici très certainement par notre capacité à proposer des techniques de substitution au moins aussi rentables en terme de coût/performance. Une stratégie adaptative s’impose à nous qui ne relève pas des éco-taxes ou autres incitations à consommer moins, quand le rêve du modèle développé pilleur des ressources qui est le nôtre multiplie les besoins d’une population en pleine croissance, tant démographique qu’industrielle. C’est une Grameen green mitigation participative qu’il nous faudra inventer.

[3] On voit bien ici comment la mondialisation des échanges s’accompagne d’une prise de conscience que le jardin planétaire est borné. L’idée qu’un jour le nombre des individus devra l’être aussi est déjà perceptible à travers l’émergence de notions telles que le nombre d’individus que la Terre est capable de nourrir. Là encore une stratégie d’adaptation prévaudra sur un « croissez et multipliez » ancestral, nécessaire au salut d’un groupe initial faible vivant dans un espace infini pour lui, mais devenu destructeur pour un groupe nombreux exerçant une prédation forte sur un espace fini.

[4] La première carte des fonds océaniques, celle de l’atlantique Nord, publiée par B. Heezen et M. Tharp, date de 1957, et la publication de l’ensemble des fonds océaniques mondiaux (par les mêmes auteurs) a attendu 1977. En outre, nous sommes encore très loin d’avoir identifié toutes les espèces vivantes, leurs cycles de vie, leurs interdépendances.

[5] En 2005, 50.000 navires sillonnaient les mers du globe, Plus de 6 milliards de tonnes ont transité par mer cette année-là, soit 80% du trafic commercial mondial.

[6] Les pavillons de complaisance sont nombreux, les sociétés de classification des navires ne sont pas toujours transparentes, 12 seulement des 50 sociétés existantes dans le monde sont agrées par l’Europe.

[7] Est-il besoin d’évoquer ici la nécessité d’une gestion européenne du Rhin et du Danube ? Faut-il citer le partage des eaux du Colorado entre USA et Mexique ? Rappeler le partage du Tigre et de l’Euphrate entre Turquie, Syrie et Irak ? Rechercher ailleurs que dans l’eau des sources de l’annexion du Golan Syrien par Israël ? Evoquer la mort des fleuves Amou Daria et Syr Daria et le sort lié des pêcheurs de la mer d’Aral, etc.

[8]  1u.a. = 144 106 km