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Epilogue

Quelle décision prendre aujourd’hui pour ne pas oblitérer l’avenir? Vous n’avez bien sûr pas trouvé la réponse dans les 197 pages dont vous achevez la lecture. Elles n’ont d’ailleurs pas une telle prétention ! Il a juste été tenté de ne pas trahir dans l’écriture de ce poly combien le savoir d’aujourd’hui s’inscrit dans la pensée d’hier, comment il ne peut être indépendant de la société qui le formule, et ce faisant d’illustrer en quoi la Science est pour l’Homme le mode raisonné indispensable à se représenter son monde, celui de son époque, avec les outils de son temps, prêt à toutes les remises en question rendues nécessaires par les faits.

En nous proposant « Sa vérité sur la planète » Claude Allègre (2007) clame que le consensus, maître mot de l’actualité, n’a aucun sens dans le domaine de la science.  La remarque est pertinente. Toute « vérité scientifique » doit continuer à être opposable à sa falsification par les faits. Comme le soulignait Karl Popper, selon les mots du http://www.philosciences.com « L'observation d'un certain nombre de faits corroborant la théorie ne la confirme pas absolument et universellement. C'est un procédé de type inductif et il se peut toujours qu'à un moment donné un fait vienne contredire une théorie. Mais surtout, c'est la porte ouverte à la complaisance, car on trouve toujours un certain nombre de faits pour corroborer une théorie, même si elle est fantaisiste. La vérification n'est pas suffisante ». Or le raisonnement inductif est la démarche usitée en sciences de la Terre, de la vie, et de l’environnement. Nous ne devons pas ignorer la falsification par les faits. Et il est vrai que parfois la communauté scientifique a pu jeter le discrédit sur les plus novateurs de ses contemporains… Parmi ceux que nous avons rencontrés dans ce poly, citons Alfred Wegener pour le XX°, Giordano Bruno plus avant ou Anaxagore de Clazomènes dans un passé plus lointain…

Plus encore que l’écriture des premiers chapitres consacrés aux mécanismes des « enveloppes rocheuses »  celle du chapitre 5 sur « Le couple atmosphère – hydrosphère », dont le fonctionnement concerne notre espèce au premier chef, devait se dégager de tout consensus et de tout parti-pris. En 2013, l’étude de  J. Cook et al., portant sur presque 12000 abstracts d’articles ayant comme objet « global climate change » ou « global warming » soumis à des revues à comité de lecture, est venue confirmer ce point de vue. A première vue, il apparaît qu’un consensus très fort se dégage la littérature scientifique en faveur d’une origine anthropique du réchauffement climatique (Anthropique Global Warming, AGW). Selon ces auteurs, 97.1% des papiers prenant partie pour ou contre cette origine anthropique du réchauffement lui sont ouvertement favorables et seulement 0.7% la rejettent. Ce sont ces chiffres que l’on retrouve dans les médias. Mais, contrairement aux medias, Cook et al. apportent des détails d’importance. Si l’on prend la totalité des 12000 abstracts recensés au lieu des seuls prenant ouvertement partie pour ou contre, on obtient les chiffres suivants : 32.6% des papiers sont favorables à une origine anthropique, 66.4% ne prennent pas position et 0.7% la rejette[1], alors que  0.3% se disent incertains. Cook et al. ont ensuite demandé aux auteurs dont les abstracts ne prennent pas position de néanmoins se ranger eux même dans les différentes classes. Il en résulte alors une baisse de 66.4 à 35.5% d’abstracts placés dans la classe « ne prennent pas position » et au sein du nouvel ensemble de ceux qui prennent position, les proportions des pour et des contre restant les mêmes, 97% de pour. 100% -35.5% -0.7% = 63.8% de pour, voici donc la valeur qu’aurait ce consensus ? Voilà surtout, je le crains, un « usage dégradé de la raison » où la science en viendrait presque à se faire à l’encan des opinions statistiques. 

Il reste que les arguments dits de « sceptiques » mais aussi ceux des « non classés », lorsqu’ils sont publiés dans des revues à comité de lecture, gardent une valeur intrinsèque tant que les faits ne leurs ont pas été opposés, tout autant que ceux des chercheurs favorables à une origine anthropique du changement climatique. Il était donc bien nécessaire d’utiliser l’ensemble des sources «  peer reviewed » dans l’écriture d’un poly. Pour autant, cette démarche de 15 années d’enseignement des processus naturels à l’Ecole des Mines de Saint-Etienne n’a pas été confortable, même si du point de vue épistémologique elle était cohérente avec l’esprit scientifique. Je sais aujourd’hui que ce faisant, j’emboitais le pas d’autres critiques, souvent abrités derrière un pseudonyme, comme le fut un temps Jacques Duran http://www.pensee-unique.fr/auteur.html à l’époque Directeur de Recherche du CNRS (maintenant en retraite), ancien Directeur des Etudes de l'Ecole Supérieure de Physique et Chimie de Paris (ESPCI) et ancien Vice-Président, Chargé de la Recherche, de l'Université Pierre et Marie Curie.

D’une façon plus générale, il est toujours bon de s’attarder un peu sur l’avis des guetteurs à contre-courant, ils ne peuvent que nous inviter à la réflexion. Il en est ainsi de l’ouvrage « Un appel à la raison » de Nigel Lawson (2008), non scientifique mais ancien secrétaire d'État à l'Énergie en Grande-Bretagne, qui vise à démontrer que la pensée dominante ne repose pas toujours sur des bases solides, que le remède proposé, la réduction des émissions de GES, est une solution inapplicable, et que l’adaptation au changement serait probablement plus féconde. Est-il raisonnable de penser que les états riches d’énergies fossiles, le charbon en particulier, vont se priver de cette ressource ? La réponse sera certainement « oui » mais pas avant  que d’autres énergies, renouvelables par exemple, soient technologiquement disponibles et économiquement acceptables, preuve en est l’accélération quasi constante du trend du CO2 atmosphérique depuis 1959 (page 122) qu’aucune des injonctions des 22 COPs n’est venue perturber ! A l’inverse, exemple d’une réussite, le remplacement des CFC ; la disponibilité de produits de substitution est arrivée à point nommé…

Il n’est, pour se convaincre du rôle de l’époque dans les avancées de la science, que de revenir un instant sur l’une des plus importantes du XIX° siècle, l’évolution des espèces. On la doit à C. Darwin, bien sûr, mais combien la publication de cette découverte doit-elle à la missive qu’il reçut d’Alfred Russel Wallace ? En effet, vingt-cinq ans après son tour du monde,  C. Darwin n’avait toujours pas publié ses idées sur les implications de la variabilité des pinsons des îles Galápagos. Peut-être, lui qui un temps s’était destiné à être pasteur avant d’embarquer sur le Beagle, répugnait-il encore à publier le texte qui bousculerait si profondément les principes de son époque ?  Wallace avait certainement lu le voyage du Beagle, mais il avait aussi conduit de nombreuses observations en Amérique du Sud et à Bornéo. En 1855, Wallace souhaite publier « De la loi qui a contrôlé l’introduction de nouvelles espèces ». Aussi envoie-t-il son manuscrit, pour avis, à C. Darwin qui était déjà reconnu par ses pairs, et lui demande de le transmettre pour publication à Charles Lyell qui est un géologue continuiste déjà célèbre et membre influent de la Royal Society. A la lecture de l’article, Lyell comprend que Wallace va doubler Darwin. Les idées de Wallace sont très claires, théorisant ses observations de sorte que « cette loi ne se contente pas d’expliquer tous les faits actuellement inexplicables, mais elle les rend nécessaires », quand celles de Darwin étaient encore trop touffues… La publication sera faite en 1858 en quelques dizaines de pages, en même temps que celle, en quelques centaines de pages, de la théorie de Darwin,  quelque peu bousculé par son ami Lyell afin qu’il ne perdit pas l’antériorité de ses idées[2]… L’histoire retiendra « De l’origine des espèces » de C. Darwin ! Les idées de compétition, de lutte pour l’existence, sont présentes chez les deux auteurs. Rien d’étonnant à cela car elles sont aussi dans l’air du temps. Thomas Robert Malthus a publié 50 ans plus tôt « Essai sur les principes de population », qui formule que l’augmentation de la population suit une progression géométrique (son doublement à chaque pas de temps), alors que la croissance des ressources est arithmétique, conduisant nécessairement à une succession de catastrophes alimentaires. Le Darwinisme social est donc, avant la lettre, consubstantiel des idées de l’époque. Compétition et échec du faible feront florès. Il faudra attendre la théorie synthétique de l’évolution basée sur l’hérédité de Mendel et la génétique des populations, puis la théorie des équilibres ponctués de Gould et Eldredge (1972) et enfin le principe de la reine rouge de Leigh Van Valen (1973) pour que l’on abandonne l’idée de compétition des espèces et que l’on comprenne le rôle de la coévolution des espèces, rendue nécessaire par l’environnement en perpétuel changement. Et maintenant, la porte s’ouvre à l’altruisme intra-spécifique, comme moteur du succès des espèces, et à l’adaptabilité, par la transmission des caractères acquis. Lamarck (fin-XVIII°), trop tôt jeté aux orties, refait surface avec la compréhension des mécanismes cellulaires dans l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes (épigénétique). 

Le XX° siècle aura eu cela de particulier qu’il est l’instant où, pour la première fois, nous aurons pris la responsabilité d’être la première espèce vivante capable d’infléchir en conscience les équilibres qui ont présidé jusqu’alors aux destinées de l’ensemble des espèces. Notre impact est réel, déterminant peut-être, crucial sans-doute pour le reste du vivant tel que nous l’observons. De ce point de vue, nous entrons incontestablement dans une autre époque. Mais en ce début de III° millénaire technocratique et hyperspécialisé, nos sociétés sont fragiles et font peur. Elles nous rendent donc irrationnels. Il est sans doute tentant de faire de la science et des techniques un Credo (« la science peut tout », « la science prouve que » …), de faire des sciences de l’environnement, des sciences de la Terre et de la Vie qui nous préoccupent ici, le shaman moderne capable de restaurer l’harmonie perdue ? Combien d’experts au chevet des politiques pour rédiger les « feuilles de route » à suivre ? Les conflits d’intérêt sont alors inéluctables, la raison n’est plus le seul argument dont le chercheur doit tenir compte, sources de désillusions pour les publics concernés. Aussi est-il tentant de se réfugier dans n’importe quel livre de la connaissance, puisque tout y sera contenu « en vérité », inspiré par la transcendance, rédigé pour répondre à nos attentes !

Mais il n’est pas de refuge passé, pas de paradis perdu auxquels revenir. L’effort doit être porté sur l’analyse des changements qui s’imposent, quand bien même nous en serions la cause. Nous aurons à réussir ce pari, et pour ce faire nous aurons certainement à modifier sensiblement nos modes de pensée, à passer de ce que nous pensions être le savoir, à l’intégration de savoirs multiples dans une pensée toujours plus complexe, à inscrire nos activités dans une démarche globalisée, mondialisation et finitude obligent... L’écologie est, dans le monde physique, le pendant de la laïcité dans le monde spirituel. Chacune dans son domaine est l’outil incontournable d’une gestion équitable de l’espace citoyen. Chacune, à sa façon, définit, non pas un espace commun comme on l’affirme trop souvent, mais un mode de gestion qui tient compte de l’ensemble des différences en présence, apprend à chaque partie à exprimer ses besoins en tenant compte de l’ensemble, créant ainsi un objectif d’intérêt général. A l’opposé des systèmes politiques, détenteurs d’une solution qui se révèle toujours serviteur d’intérêts partisans, il s’agit bien là d’une approche englobante, dont la recherche n’est pas celle d’une conviction consensuelle, mais celle d’une acceptabilité partagée. A l’inverse du politique, parce qu’elle s’impose de prendre en compte toutes ses parties, la démarche systémique évacue l’anathème. La laïcité fut le premier fruit d’un tel combat, mené pour gérer notre espace intellectuel. Si le concept de laïcité est réputé ancien et multiple, Epicure, Averroes, Diderot ou Voltaire entre-autres, sa mise en place sous la forme moderne est l’œuvre de la III ° république seulement, et combien fut-elle difficile : le lâcher-prise de ses adversaires fut long à venir et, preuve qu’il ne s’agit pas là d’un consensus, les désirs de prééminence du religieux sont encore souvent exprimés, toujours partisan d’appliquer telle ou telle règle qui lui est propre. L’écologie se développe un demi-siècle plus tard. Le concept, attribué au biologiste E. H. Haeckel, date de 1866. Le combat pour en faire l’instrument d’une gestion raisonnée de notre espace physique ne fait que commencer. De la même façon que la laïcité englobe l’ensemble des démarches culturelles et cultuelles, l’écologie prend en compte l’ensemble des parties et des compartiments qui constituent son territoire. Elle ne peut donc être, en principe, ni de gauche ni de droite, ni du centre, encore moins de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud. Comme la laïcité, elle a donc toute chance « d’être contre » puisque par nature elle ne peut que heurter des intérêts catégoriels qui lui seront toujours opposés.

Au sein des démocraties modernes, pourrait-elle venir épauler les gouvernants, quel que soit le jeu du balancier politique, comme le permet la laïcité dans le domaine spirituel ? Encore faudra-t-il que les tenants eux-mêmes du concept d’écologie s’en saisissent dans toute son étendue et dans toutes ses parties, plutôt que d’en faire un instrument de pouvoir, courant  de ZAD en ZAD, ou s’instituant en gourou conseiller personnel, en politique pressé de paraître auprès de tel ou tel, en COP ou sur un perron, héraut de toutes sortes de joutes aux effets pervers (e.g. fraude à la taxe carbone ; permis d'émission négociables ; abandon du nucléaire)… Reste à faire de l’écologie un cadre, à comprendre que l’économique et le politique doivent s’y conformer, comme le religieux marque le pas devant la laïcité. Il est essentiel de rechercher quelles adaptations conduiront l’Homme vers sa meilleure réintégration dans l’interface étroit, qui nous abrite tous dans à peine quelques kilomètres d’épaisseur vivable, entre géosphère et cosmos. Un facteur important du succès des espèces, y compris la nôtre, a été l’altruisme intra-spécifique. Cette clef de l’évolution ne nous indique-t-elle pas que, de l’aide entre individus à l’apprentissage des plus jeunes, de la transmission de la culture à la conciliation des conceptions du monde, il n’y a que des degrés, et que jusqu’ici, l’espèce humaine les a franchis mieux que d’autres. Servons nous en pour négocier le futur.

Si nous n’y parvenons pas, la limite Tertiaire-Quaternaire qui a été introduite en géologie par pur anthropocentrisme — alors que nous avons vu qu’il aurait été peut-être plus intelligent d’instituer une coupure majeure avec le début de l’ère glaciaire vers 32Ma — deviendra-telle finalement avec l’Anthropocène une vraie coupure pour les espèces à venir, en raison de l’état dans lequel la nôtre aura laissé la Terre ? Mais ces espèces à venir seront-elles préoccupées de paléontologie ? La biodiversité est une richesse fondamentale que le comportement de l’espèce humaine entame chaque jour au plus profond, tant par son comportement de prédateur sans limite que par ses pratiques (agraires, surpêche, déplacement d’espèces…) qui inventent des « faces à faces » improbables entre espèces et inaugure de nouvelles compétitions. Nous créons ainsi une sorte de Pangée[3] artificielle au nombre de niches drastiquement diminué. Faut-il s’en inquiéter ? Les grandes crises du vivant nous l’ont montré, elles sont suivies d’une explosion de la diversité. Donc, de ce point de vue, la perte de diversité actuelle n’aura probablement pas d’autre effet à long terme que d’ouvrir l’espace à d’autres espèces. Les organismes les moins différenciés, les moins fragiles, se reproduisant le plus vite, passeront ce cap difficile. Mais pour l’homme, en bout de chaîne trophique, ce scenario n’est-il pas plus inquiétant que les projections d’épouvante des climatologues même si, à l’évidence, l’excès de GES doit être combattu ? L’espèce humaine sera-t-elle gagnante à cette loterie comme le fut Pikaia en son temps ?

                                                                                                                                                                J.L.B. 

Appel des 15000 scientifiques

Devant le manque de réactivité des populations et des personnels politiques au premier appel lancé il y a 25 ans, les scientifiques réactivent le 13 novembre 2017 dans BioSciences sous la plume de William J. Ripple et al. l’énoncé des risques que notre consumériste acharné fait courir à l’humanité. En voici la version  en français.

World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice

Il y a vingt-cinq ans, l'Union of Concerned Scientists et plus de 1500 scientifiques indépendants, y compris la majorité des lauréats du prix Nobel dans les sciences, ont écrit l'Avertissement des scientifiques du monde à l'humanité, de 1992 (voir le Fichier Supplémentaire S1). Ces professionnels concernés ont appelé l'humanité à réduire la destruction de l'environnement et ont insisté qu’"un changement radical dans notre intendance de la Terre et de la vie sur elle s’avère nécessaire pour éviter la misère humaine à grande échelle». Dans leur manifeste, ils ont montré que les humains étaient sur un cours de collision avec le monde naturel. Ils se sont dits préoccupés par les dommages actuels, imminents ou potentiels sur la planète Terre impliquant l'appauvrissement de l'ozone, la disponibilité en eau douce, les effondrements de la pêche marine, les zones mortes de l'océan, la perte de forêt, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils ont proclamé que des changements fondamentaux étaient nécessaires de toute urgence pour éviter les conséquences que notre cours actuel apporterait.

Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l'humanité poussât les écosystèmes terrestres au-delà de leurs capacités à soutenir la toile de la vie. Ils ont décrit comment nous approchons rapidement plusieurs des limites de ce que la planète peut tolérer sans dommage substantiel et irréversible. Les scientifiques ont plaidé pour la stabilisation de la population humaine, en décrivant comment notre nombre important - gonflé par 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, une augmentation de 35% - exerce des tensions sur Terre qui peuvent annuler d'autres efforts pour réaliser un avenir durable (Crist et al., 2017 ). Ils ont imploré de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), d'éliminer les combustibles fossiles, de réduire la déforestation et d'inverser la tendance à l'effondrement de la biodiversité.

À l'occasion du 25ème anniversaire de leur appel, nous lançons un regard retrospectif sur cet avertissement afin d’en évaluer la réponse humaine, tout en explorant les données disponibles en séries chronologiques. Depuis 1992, à l'exception de la stabilisation de la couche d'ozone stratosphérique, l'humanité n'a pas réussi à faire des progrès suffisants dans la résolution générale de ces défis environnementaux prévus et, de façon alarmante, la plupart d'entre eux deviennent bien pires (figure 1, Fichier Supplémentaire S1) [Note JLB : voir page 203]. Particulièrement troublant est la trajectoire actuelle du changement climatique potentiellement catastrophique en raison de la hausse des GES poussée par la combustion des combustibles fossiles (Hansen et al., 2013), la déforestation (Keenan et al., 2015) et la production agricole - en particulier des ruminants pour la consommation de viande (Ripple et al. 2014). En outre, nous avons déchaîné un événement d'extinction de masse, le sixième en environ 540 millions d'années, où de nombreuses formes de vie actuelles pourraient être anéanties ou au moins condamnées à l'extinction d'ici la fin de ce siècle.

L'humanité reçoit maintenant un deuxième avis, comme le montrent ces tendances alarmantes (figure 1). Nous mettons en péril notre avenir en ne résistant pas à notre consommation matérielle intense, quoique géographiquement et démographiquement inégale, et en ne prenant pas conscience de la croissance rapide et continue de la population en tant que principal moteur de nombreuses menaces écologiques et même sociales (Crist et al., 2017). Faute de limiter adéquatement la croissance de la population, réévaluer le rôle d'une économie enracinée dans la croissance, réduire les gaz à effet de serre, inciter les énergies renouvelables, protéger l'habitat, restaurer les écosystèmes, mettre fin à la défaunation et contraindre les espèces exotiques envahissantes, l'humanité ne prend pas les mesures urgentes nécessaires à sauvegarder notre biosphère en péril.

Étant donné que la plupart des dirigeants politiques répondent à la pression, les scientifiques, les influenceurs des médias et les citoyens en général doivent insister pour que leurs gouvernements prennent des mesures immédiates, comme un impératif moral pour les générations actuelles et futures de la vie humaine et des autres espèces. Avec une vague d’efforts populaires et organisés, l'opposition obstinée peut être vaincue et les dirigeants politiques forcés de faire le bon choix. Il est également temps de réexaminer et de modifier nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (idéalement au niveau de remplacement au plus) et en diminuant drastiquement notre consommation par habitant de combustibles fossiles, de viande et d'autres ressources.

Le déclin mondial rapide des substances appauvrissant la couche d'ozone montre que nous pouvons faire des changements positifs lorsque nous agissons de manière décisive. Nous avons également fait des progrès dans la réduction de la pauvreté extrême et de la faim (www.worldbank.org). D'autres progrès remarquables (qui ne se présentent pas encore dans les ensembles de données globales de la figure 1) comprennent: la baisse rapide des taux de fécondité dans de nombreuses régions, attribuable aux investissements dans l'éducation des filles et des femmes (www.un.org/esa/population), le déclin prometteur du taux de déforestation dans certaines régions et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais l'avancement des changements urgents de la politique environnementale, du comportement humain et des inégalités mondiales est encore loin d'être suffisant.

Les transitions vers le développement durable se déroulent de manières diverses et exigent toujours une pression de la société civile et un plaidoyer fondé sur des preuves, un leadership politique et une compréhension solide des instruments politiques, des marchés et d'autres facteurs. Des exemples d'étapes diverses et efficaces que l'humanité peut prendre pour passer au développement durable comprennent (pas dans l'ordre d'importance ou d'urgence):

• prioriser la mise en place de réserves connectées, bien financées et bien gérées, pour une proportion significative des habitats terrestres, marins, d'eau douce et aériens dans le monde;

• maintenir les services écosystémiques de la nature en arrêtant la destruction des forêts, des prairies et d'autres habitats naturels;

• restaurer les communautés de plantes à grande échelle, en particulier les paysages forestiers;

rénaturaliser des régions avec des espèces natives, en particulier des prédateurs apex, pour rétablir les processus et la dynamique écologiques;

• élaborer et adopter des instruments politiques adéquats pour remédier à la défaunation, au braconnage et à l'exploitation et au trafic d’espèces menacées;

• réduire le gaspillage alimentaire grâce à l'éducation et à une meilleure infrastructure;

• promouvoir des changements alimentaires vers surtout des aliments à base de plantes;

• réduire davantage les taux de fécondité en veillant à ce que les femmes et les hommes aient accès à l'éducation et aux services volontaires de planification familiale, en particulier là où ces ressources manquent encore;

• renforcer l’éducation en plein air pour les enfants ainsi que l'engagement global de la société dans l'appréciation de la nature;

• réorienter les investissements financiers et diminuer la consommation pour encourager des changements environnementaux positifs;

• concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et adopter de manière massive des sources d'énergie renouvelables, tout en supprimant progressivement les subventions à la production d'énergie par des combustibles fossiles;

• réviser notre économie pour réduire les inégalités et veiller à ce que les prix, la fiscalité et les systèmes incitatifs tiennent compte des coûts réels que les modes de consommation imposent à notre environnement; et

• estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et durable à long terme tout en rassemblant les nations et les dirigeants pour soutenir cet objectif vital.

Pour éviter une misère généralisée et une perte de biodiversité catastrophique, l'humanité doit adotper des pratiques alternatives plus durables sur le plan environnemental que les modalités actuelles. Cette prescription a été bien formulée par les plus grands scientifiques du monde il y a 25 ans, mais, à bien des égards, nous n'avons pas tenu compte de leur avertissement. Bientôt, il sera trop tard pour dévier de notre trajectoire défaillante, et le temps s'épuise. Nous devons reconnaître, dans notre vie quotidienne et dans nos institutions gouvernementales, que la Terre avec toute sa vie est notre seul foyer.

Figure 1. Tendances au fil du temps pour les problèmes environnementaux identifiés dans l'Avertissement des scientifiques du monde à l'humanité, de 1992. Les années avant et après cet alerte des scientifiques de 1992 sont respectivement représentées par des lignes grises et noires. La Figure 1a montre les émissions de gaz source d'halogène, qui épuisent l'ozone stratosphérique, en supposant un taux d'émission naturel constant de 0,11 Mt CFC-11-équivalent par an. Dans le panneau c), les prises maritimes ont diminué depuis le milieu des années 1990, mais en même temps, des efforts de pêche ont augmenté (Fichier Supplémentaire S1). L'indice d'abondance des vertébrés dans (f) a été ajusté en fonction du biais taxonomique et géographique, mais incorpore relativement peu de données provenant des pays en développement, où le nombre d'études est le moins élevé; entre 1970 et 2012, les vertébrés ont diminué de 58%, les populations d'eau douce, marine et terrestre ont diminué respectivement de 81% 36% et 35% (Fichier Supplémentaire S1). En (h) sont indiquées les moyennes quinquenales. En (i), le bétail des ruminants comprend des bovins domestiques, des moutons, des chèvres et des buffles. Notez que les axes « y » ne commencent pas à zéro, et il est important d'inspecter la plage de données lors de l'interprétation de chaque graphique. Voici les variations en pourcentage, depuis 1992, pour les variables de chaque panneau: (a) -68,1%, (b) -26,1%, (c) -6,4%, (d) +75,3%, (e) -2,8%, (f ) -28,9%, (g) + 62,1%, (h) +167,6%, (i) humains: +35,5%; élevage de ruminants +20,5%. Des descriptions supplémentaires des variables et des tendances, ainsi que des sources pour la figure 1, sont incluses dans le Fichier Supplémentaire SA.

 

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[1] De là à voir clamer par les « anti » AGW que 67.4% des scientifiques ne sont pas pour une cause anthropique du réchauffement, il n’y a qu’un pas que certains franchirons sans-doute.

[2] Pour plus de détails, lire J.C. Ameisen 2008, Dans la lumière et les ombres.

[3] La Pangée (du grec pan, tout ; Gaïa, identifiée à la Terre-mère) est le nom donné au supercontinent que la dérive des continents à constitué à la fin de l’ère Primaire, en rassemblant l’ensemble des terres émergées. Le morcellement qui suivit est responsable d’une intense spéciation du vivant. Le caractère endémique des espèces insulaires fut bien mis en évidence par C. Darwin, et inversement, la pandémie des espèces sur plusieurs continents fut un des arguments clefs de A. Wegener dans l’établissement de sa théorie de la dérive des continents (cf. poly La dérive des continents).



[1] De là à voir clamer par les « anti » AGW que 67.4% des scientifiques ne sont pas pour une cause anthropique du réchauffement, il n’y a qu’un pas que certains franchirons sans-doute.

[2] Pour plus de détails, lire J.C. Ameisen 2008, Dans la lumière et les ombres.

[3] La Pangée (du grec pan, tout ; Gaïa, identifiée à la Terre-mère) est le nom donné au supercontinent que la dérive des continents à constitué à la fin de l’ère Primaire, en rassemblant l’ensemble des terres émergées. Le morcellement qui suivit est responsable d’une intense spéciation du vivant. Le caractère endémique des espèces insulaires fut bien mis en évidence par C. Darwin, et inversement, la pandémie des espèces sur plusieurs continents fut un des arguments clefs de A. Wegener dans l’établissement de sa théorie de la dérive des continents (cf. poly La dérive des continents).